Vendredi 27 juin 2008

            La vie est belle et cruelle. Anton Dvorak, après le décès à la naissance de sa fille Josefa, compose la première version de son Sabat Mater, puis deux ans plus tard, après la mort à un mois d’intervalle de ses deux autres filles Ruzena et Otakar, la seconde version.

            C’est la première version d’icelui (dont le texte, du treizième siècle, est attribué au moine franciscain Jacopone da Todi et évoque la douleur de Marie après la mort de son fils Jésus) qui est au programme du chœur accentus, ce mercredi soir à l’Opéra de Rouen.

            Je suis au premier balcon. Une voisine à gauche trouve qu’ « il y a des noms de partout, dans les choristes de Laurence Equilbey ». Un voisin derrière se réjouit de la durée restreinte du concert, il va pouvoir regarder la deuxième mi-temps du match. Tout cela est habituel. L’inattendu vient de la présence de plusieurs caméras de télévision captant la prestation. L’une en embuscade derrière les choristes tient la chef de chœur dans son viseur. Une deuxième suit les entrées et les sorties de scène. D’autres, j’imagine, que je ne vois pas du balcon, filment les choristes, les quatre solistes et Brigitte Engerer, qui tient le piano.

            En apéritif sont donnés six chants bibliques du même Dvorak.

            Laurence Equilbey et son chœur accentus, ainsi que leurs invité(e)s, solistes et pianiste, déclenchent moult applaudissements à l’issue du Sabat Mater. Des applaudissements différents de ceux que provoque accentus à chacun de ses passages, quelque peu surjoués, qui incitent la chef à bisser la fin de l’œuvre « ce qui ne se fait pas, mais c’est la création de cette première version à Rouen alors je vais le faire ». Tout cela parce que la télévision.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Dimanche 15 juin 2008

            Prudence s’est cassé le bras, elle a glissé dans la salle de bains le dernier jour de sa croisière, c’est pourquoi elle n’est pas à l’Opéra, ce vendredi soir, pour la présentation aux abonné(e)s de la saison Zéro Huit Zéro Neuf, m’apprend l’une des dames de derrière, et ça m’amuse que Prudence ait fait une imprudence.

            Les placeuses s’agitent ; l’une que j’ai connue il y a quelque temps à L’Echiquier pantalon troué et cheveux orangés devenue blonde et robe longue, la révolte ne dure jamais longtemps quand papa et maman ont de l’argent ; l’autre, privée ce soir de son téléphone de superviseuse, un peu trop aimable avec la bourgeoisie bourgeoisante, elle fait une pause, appelle un placeur, se renseigne sur le score du match de foute, Un Zéro pour l’Italie, l’apprend à la première qui semble autant intéressée qu’elle par ce non évènement. Ces deux filles sont consternantes, me dis-je.

            L’Orchestre dirigé par Oswald Sallaberger donne l’ouverture de Don Giovanni puis Daniel Bizeray, directeur, entre en scène. Il appelle à son côté Laurence Tison, en charge de la Culture au Conseil Régional et à la ville de Rouen, lourde tâche pour une si jeune femme, disent en d’autres termes mes voisines qui, après le discours improvisé de ladite, trouvent qu’elle a de l’avenir, cette petite.

            Le programme de la saison Zéro Huit Zéro Neuf est ensuite commenté par Daniel Bizeray qui, dit-il, vise à l’excellence et se félicite des plus de huit mille abonné(e)s de la saison présente. Je note avec satisfaction que les Ballets de Monaco ne repassent pas par Rouen l’an prochain et que la danse urbaine fait son entrée avec Pokemon Crew et la Compagnie Rêvolution.

            Deux intermèdes savoureux, l’un chanté par Shigeko Hata (qui sera là pour un récital et pour le Requiem de Mozart), l’autre dansé par Sylvain Groud en duo avec le violon de Jane Peters et Oswald Sallaberger sort de sa poche un petit papier soigneusement plié où il a inscrit ses deux citations à ne pas oublier, la bien connue « Sans la musique, la vie serait une erreur. » de Friedrich Nietzsche et, pour parler du concert gratuit donné lors de l’Armada, « La musique est la mémoire de la mer » due à Miguel Angel Asturias, un concert en extérieur dédié à l’amour et à la paix et qui sera « plutôt côté swing que cérémonie »

            Après, c’est cidre et petits fours rustiques. Une dame demande à une autre si elle se réabonne et celle-ci répond :

            -Oui, jusqu’à ma mort.

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Mardi 10 juin 2008

            Dernier concert de musique de chambre de la saison pour l’Opéra de Rouen, ce lundi soir, et comme souvent cela se passe à la Halle aux Toiles d’où une file d’attente impatiente devant les portes fermées de ce qu’il faut bien appeler une salle de spectacle. Autour de moi, on parle.

            On plaint Thérèse qui doit aller faire sa chimiothérapie à Becquerel. Accessoirement, on trouve que Thérèse est un prénom démodé. On se réjouit de revoir Oswald Sallaberger, même si c’est seulement comme violoniste. On fait un effort de mémoire pour se remémorer la dernière fois où on l’a vu comme chef d’orchestre de l’Opéra. On suppose que c’était au concert du Nouvel An au Zénith. Accessoirement, on dit du mal du Zénith. On trouve que les rues de Rouen étaient bien désertes ce soir. On se demande ce qui se passe. On annonce une très bonne pièce de Lorca à Paris. On se plaint de devoir attendre alors que tout est prêt dans la salle. On se réjouit a contrario de tenir encore debout. On déplore qu'Anna Gavalda change de style dans son nouveau roman, c'est difficile à lire. On vante une conférence sur la dorure organisée par les Amis de Saint-Wandrille. Accessoirement, on regrette que le repas qui suivra soit réservé aux membres de cette association et les portes s’ouvrent à mon grand soulagement.

            Jane Peters et Oswald Sallaberger jouent les Trente-quatre duetti pour deux violons composés par Luciano Berio entre mil neuf cent soixante-dix-neuf et quatre-vingt-trois à l’image des exercices de Léopold Mozart et en référence aux Quarante-quatre duos pour deux violons de Bélà Bartok, une musique assez virtuose et prenante bien qu’une ou deux fois je me demande où ils en sont dans les trente-quatre et combien il en reste.

            -Je préfère le jeu de Jane à celui d’Oswald, dit ma voisine (dont je tais le nom) à la fin de cette première partie de concert.

            -Tiens, Naoko porte des lunettes maintenant, s’étonne-t-elle lorsque arrivent les six musicien(ne)s nécessaires à la suite.

            Elle appelle les musicien(ne)s par leur prénom, comme de vieilles connaissances, un effet secondaire de l’abonnement à l’Opéra. Moi aussi, je vois bien que Naoko porte des lunettes pour la première fois. Elle a bien choisi le modèle. Cela n’enlève rien à son charme.

            La suite, c’est Im fremden Land (en terre étrangère) de Philippe Hersant, une œuvre écrite en hommage à Olivier Greif, compositeur mort prématurément en deux mille, et qui s’inspire d’une très ancienne chanson allemande éponyme. C'est en cinq mouvements, violents et douloureux, avec plainte finale de la clarinette, jouée talentueusement par Naoko Yoshimura, née à Hiroshima, bien après l’explosion.

            Philippe Hersant est dans la salle et vient saluer avec les musicien(ne)s. Une fois encore, cela valait la peine d’attendre puis d’être mal assis à la Halle aux Toiles.

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Dimanche 25 mai 2008

            Jeudi vingt-deux mai, j’hérite d’un misérable strapontin à l’Opéra de Rouen pour le concert intitulé Dvorak, Schönberg, Mendelssohn.

            L’avantage d’être abonné depuis plusieurs années, c’est que je connais de vue un certain nombre d’autres abonné(e)s, notamment celles et ceux de première catégorie qui louent à l’année le même fauteuil pour quatre cent soixante euros. Je sais que depuis plusieurs spectacles l’une est absente et je parie qu’il en est encore ainsi ce soir. J’échange mon pauvre strapontin contre son fauteuil bien situé, prêt à le lui rendre si elle arrive.

            Elle n’arrive pas et c’est bien installé que j’applaudis pour leur entrée sur scène les musicien(ne)s de l’Opéra, puis le chef du jour : Pierre-André Valade.

            Cela débute par la Sérénade pour vents en ré mineur d’Anton Dvorak, « ouvrage spontané et bon enfant à la verdeur délectable » selon Christophe Queval qui signe les notices consacrées aux œuvres dans le livret-programme. Je me délecte.

            Suit la Symphonie de chambre numéro deux en mi bémol mineur d’Arnold Schönberg, dont la composition s’enlisa, m’apprend le même, « du fait de la grave crise conjugale qu’il traversa alors, avec la désastreuse fugue de son épouse Mathilde puis le suicide de l’amant de celle-ci, le jeune peintre expressionniste Richard Gerstl ». Je reste un peu en dehors.

            Après l’entracte, Pierre-André Valade (qui dirige sobrement) se présente accompagné de Jane Peters, violon solo de l’Opéra de Rouen, pour le Concerto pour violon numéro deux en mi mineur de Félix Mendelssohn Bartholdy.

            Jane Peters donne la mesure de son talent et suscite à l’issue moult applaudissements qui la font revenir plusieurs fois sur scène. Ma voisine explique à son amie qu’elle adore cette musique, qu’elle est une incorrigible romantique. Je me dis que cette expression mérite de figurer dans un nouveau dictionnaire des idées reçues.

            Jane Peters prend alors la parole pour donner le nom de l’œuvre qu’elle va offrir en guise de remerciement, mais si bas que personne n’entend de quoi il s’agit. Qu’importe, j’en profite tout aussi bien que si je le savais, bien placé comme je le suis, face à la violoniste et guère loin d’elle, dans mon fauteuil d’emprunt.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Jeudi 22 mai 2008

            Une soirée sans risque, mardi dernier, Alexandre Tharaud est au piano à l’Opéra de Rouen pour un concert hommage à Marcelle Meyer. Je suis en Elle Un au premier balcon, dernière rangée, juste à côté de l’aquarium où se tient l’homme qui se prépare à enregistrer la prestation. De là, le piano semble minuscule mais j’ai bonne vue sur le clavier. Un vieux couple s’installe à ma gauche. Lui est barbu comme un socialiste de mil neuf cent quatre-vingt-un ; elle, accrochée à son téléphone. Elle raconte que dimanche elle ira au Havre pour ses recherches généalogiques. Le mari, devinant l’énervement de l’entourage, lui file un bon coup de coude dans les côtes ; elle se tait. Alexandre Tharaud se dirige vers le piano suivi de sa tourneuse de pages.

            Dire que je ne connais pas Marcelle Meyer. J’ai pourtant déjà dû entendre ou lire son nom à propos du groupe des Six dont elle était, m’apprend le livret-programme, l’égérie. Je découvre aussi qu’elle figure sur le tableau de Jacques-Emile Blanche Hommage à Erik Satie que possède le Musée des Beaux-Arts de Rouen ; il faut que je le regarde bien à ma prochaine visite. « Très loin du conservatoire où son nom même n’était pas évoqué, je l’écoutais des nuits entières. », écrit Alexandre Tharaud, parlant de ses dix-sept ans.

            Marcelle Meyer est morte à soixante et un ans, en jouant du piano. Ce soir, Alexandre Tharaud donne à entendre une sélection du répertoire de cette dame qu’il admire fort. Une heure dix de plaisir, allant de Couperin à Couperin en passant, une ou plusieurs fois, par Chabrier, Rameau, Ravel, Debussy, Milhaud et Poulenc Le public retient son souffle. Bien dommage que certain(e)s prennent la brève interruption entre deux morceaux pour une autorisation de tousser. Cela a toutefois le mérite de réveiller l’abonné qui se tient de l’autre côté de l’aquarium. Alexandre Tharaud semble n’être pour lui qu’un joueur de berceuses ; par trois fois, il sombre. Il n’empêche qu’il d’applaudit à tout rompre (comme on dit) avec tout le monde à la fin.

            Alexandre Tharaud s’en tire avec trois rappels. Bach et Chopin d’abord (deux des composteurs préférés de Marcelle Meyer, nous dit-il) et pour finir encore Chopin avec ce célèbre prélude pillé par Serge Gainsbourg. Je ne peux l’entendre sans que s’y ajoute la voix de Jane Birkin. Je ne sais pas si c’est dommage.

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Samedi 17 mai 2008

            Après le vernissage à l’Ecole des Beaux-Arts, je passe vite fait chez moi, mets dans ma poche mon billet et en route pour l’Opéra. Au bout de la venelle, je me trouve face à face avec Bernard Ollier et sa femme.

            -Ah, monsieur était à ton vernissage hier soir, lui dit-elle.

            Nous nous saluons. Ils m’expliquent qu’ayant remarqué cette jolie rue hier, ils ont voulu la parcourir tranquillement ce soir. Je leur indique que c’est là que je vis et grâce à l’audace que me donne le verre de vin rosé bu chez les beauzarteux et beauzarteuses, je leur dis que je raconte le vernissage et la lecture-concert de la veille dans mon journal publié sur Internet.

            -Si vous voulez le lire, il suffit de taper Persiflages sur Gougueule.

            -Et donc, vous m’y persiflez, me dit Bernard Ollier.

            -Oh non, je suis très peu persifleur à votre égard.

            -Très peu, bon, je verrai ça.

            Je leur souhaite une bonne promenade et rejoins l’Opéra. J’ai la place Bé Deux au premier balcon, très bien située mais terriblement inconfortable pour qui mesure plus d’un mètre quatre-vingts et possède deux genoux, ce qui est mon cas. C’est le cas aussi de mes deux voisins de droite qui râlent un peu. L’un d’eux connaît bien la maison. Il nomme à l’autre tous les instruments de percussion présents sur scène, au moins une douzaine. Hélas, j’oublie ces noms sitôt entendus. Je remarque ensuite grâce à lui que les musicien(ne)s ont de nouvelles chaises (trois cents euros chacune, précise-t-il).

            Les musicien(ne)s entrent en scène, s’assoient sur leurs chaises neuves et s’accordent. Le chef, ce soir, est Gilbert Amy, ancien élève de Darius Milhaud et d’Olivier Messiaen, à la carrière prestigieuse.

            Le concert commence par Le Tombeau de Couperin, joyeuse musique de Maurice Ravel, bien connue pour son final. Je suis ravi de l’entendre. Cela me rappelle l’année où je vivais à Lyons-la-Forêt. Presque chaque jour, je passais devant la grande bâtisse à pans de bois où est écrit « Dans cette maison, Maurice Ravel a composé Le Tombeau de Couperin ».

            Un piano est ensuite installé pour le Concerto pour piano et orchestre de Gilbert Amy tandis qu’une corde de violon casse. Grand émoi chez les premiers violons, avec échange d’instruments en un ballet improvisé applaudi par quelques spectateurs et spectatrices. La pianiste Marie-Josèphe Jude entre en scène, suivie du compositeur chef d’orchestre. Ce concerto tonique, son auteur et la pianiste sont fort applaudis.

            Pendant l’entracte, je reste sur le promenoir du premier balcon considérant la foule qui en dessous s’agite autour du bar. La moyenne d’âge est à la baisse ce soir. Peut-être parce que mai est le mois des voyages de retraité(e)s . Il en passe sans cesse sous ma fenêtre, en groupes, venant de toutes les régions de France et de tous les pays d’Europe.

            Je regagne ma place inconfortable mais bien située pour la Cinquième symphonie de Ludwig van Beethoven, que j’ai déjà entendue jouée par l’orchestre de l’Opéra de Rouen au Hangar Vingt-Trois pour le festival Octobre en Normandie, il y a plusieurs années. L’affiche du festival représentait quatre pommes en l’honneur du pomme pomme pomme pomme de Beethoven. C’est Oswald Sallaberger qui dirigeait.

            -On le voit plus beaucoup, Oswald, cette année, il est en vacances ? s’inquiète justement une spectatrice.

            Gilbert Amy lève sa baguette et pomme pomme pomme pomme la symphonie avec l’énergie intacte de ses soixante-douze ans jusqu’aux « vingt-neuf mesures ultimes scandant avec un entêtement farouche l’accord parfait victorieux » comme l’écrit Christophe Queval dans le livret-programme.

            C’est un beau succès. Le chef ne le garde pas pour lui. Il fait applaudir les interprètes à tour de rôle, et, tendant pour cela la partition au public, le compositeur. Bravo Ludwig.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Mercredi 7 mai 2008

            Vingt-deux heures trente, mardi soir, je commande un cidre au bar du Trois Pièces et descends au sous-sol où Hélios Azoulay, en compagnie de Marielle Rubens, donne, à l’invitation de Voix de Fête, un concert de musique incidentale, sûr de ne pas être déçu.

            Nous sommes bien peu. Hélios en profite pour présenter les un(e)s aux autres, tout en le déplorant à sa façon :

            -J’ai beaucoup de mal à supporter autre chose que des entrées sur scène triomphales.

            Le café est pourtant fréquenté par une nombreuse clientèle mais le beau temps incite à la terrasse plutôt qu’à la belle cave voûtée.

            « Merci d’être venus si peu nombreux », commence Hélios Azoulay, se munissant de son suprême Clairon pour l’Introduction à la théorie du combat ce qui a pour vertu de faire descendre un renfort de public, les plus timides restant dans l’escalier.

            Il donne ensuite quelques explications aux profanes, sur son art et sur sa manière, puis exécute en trois coups gagnants Boîte de soupe Campbell’s (d’après Andy Warhol ; extrait de « L’oreille d’un sourd ») ce qui présage, nous dit-il, d’une suite de concert exceptionnelle.

            Marielle Rubens, mezzo-soprano, se faufile entre les assis(e)s de l’escalier pour Fragment de la mendicité (pour chant, récitant et enregistrement), une œuvre savoureuse que je n’ai pas encore entendue et dont le texte est dû (capté par Hélios) à l’un des mendiants du métro parisien.

            Hélios Azoulay abandonne alors provisoirement son répertoire personnel pour interpréter, à l’aide d’un radio-réveil, Instruction de George Brecht (l’inventeur de l’event Fluxus), œuvre aussi courte que dense, et il est l’heure de La petite berceuse des boites à musique (poncif pour chant et piano), dans une transcription pour chant et clarinette, la cave à l’escalier étroit interdisant l’instrument à queue.

            Marielle Rubens est excellente de rigueur et de sérieux dans cette œuvre qui suscite à chaque exécution des réactions bruyantes de la part d’une partie du public. Il en est ainsi ce soir où certain(e)s vont jusqu’à mêler leur voix (de fête) à celle de la cantatrice, une tentative d’achèvement qui échoue. Cela finit néanmoins par finir, un peu trop tôt à mon goût.

            Hélios nous fait ensuite un double joli cadeau. Constatant que les durées du travail, des trajets et des loisirs obligés s’allongent régulièrement et empêchent l’écoute de l’intégrale de Mozart en cent soixante-dix cédés et celle de Glenn Gould que chacun(e) possède dans sa discothèque, il nous fait entendre, diffusés à fort volume par des baffles, deux nouveaux poncifs pour enregistrement L’intégrale Glenn Gould (une minute et quelque) et L’intégrale Mozart (à peine plus de trente secondes). C’est un peu douloureux mais très efficace. En bonus, il nous offre les deux intégrales superposées, ce qui constitue un nouveau gain de temps très appréciable.

            Nous voici arrivés au Mystère de la chambre jaune (pour chant), une œuvre qui nécessite une collaboration étroite entre Marielle Rubens et Hélios Azoulay et c’est enfin, d’après Puccini, Turandot (pour clarinette et enregistrement) :

            -J’ai toujours beaucoup de plaisir, commente Hélios, à voir partir les spectateurs au cours de cette interprétation et j’en profite pour dire adieu à ceux que je ne reverni jamais à mes concerts.

            A la fin de Turandot il est minuit vingt, nous sommes aussi peu nombreux dans la cave qu’au début de la soirée, c’est dire que ce concert est une grande réussite.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Mardi 6 mai 2008

            J’attends ce lundi soir l’ouverture des portes de la salle de l’Opéra de Rouen en regardant de la terrasse, ouverte pour cause de beau temps, les évolutions virtuoses de trois squaitteurs à casquette. Lorsque ceux-ci font une pause, une future spectatrice du concert s’adresse à eux pour se plaindre de la saleté de la place (boîtes de bière, papiers gras) le dimanche matin précédent.

            -C’est pas nous, madame, répond l’un des garçons, on les connaît pas ceux qu’ont fait ça, c’est des bâtards.

            -C’est vrai qu’il n’y a pas de poubelle, ajoute la dame bien mise.

            -Si madame, il y a une poubelle, elle est là-bas.

            La dame ne demande pas son reste (comme on dit) et rejoint la salle de spectacle où je suis maintenant installé. Je consulte le livret programme qui me promet une rencontre entre le lied allemand et la chanson classique persane. Je me dis qu’il y a là risque d’ennui.

            Côté jardin, le pianiste Stefan Geier et le baryton Holger Falk, l’un et l’autre en costume gris bien européen. Côté cour,  la chanteuse Maryam Alkhondy, le percussionniste Babak Massali et le joueur de santour Farshad Mohammadi, tous trois vêtus à l’iranienne. A eux cinq ils font l’Ensemble Hafez.

            Les Occidentaux commencent avec trois lieder de Johannes Brahms et les Orientaux enchaînent avec un morceau écrit par Farshad Mohammadi. C’est pour le festival Voix de Fête (rencontres internationales d’art vocal) et fête est bien le mot qui convient, je m’en rends vite compte, pour cette soirée. Holger Falk tire de sa poche une missive dont il fait lecture au « très cher public ». J’apprends ainsi qui est cet Hafez mis en musique à la fois par des musiciens occidentaux et orientaux : un poète mystique ami du vin et de la liberté sans limite, dont à ma grande honte je n’ai jamais entendu parler jusqu’à ce jour.

            Holger Falk chante ensuite quatre autres poèmes d’Hafez mis en musique par Viktor Ullmann et à l’entracte je constate que je ne suis pas le seul à être très agréablement surpris.

            A la reprise, Kouchyar Shahroudi, musicien de l’Opéra de Rouen, vient mettre son petit grain de flûte avec un extrait d’une de ses compostions puis Holger Falk donne un poème d’Hafez mis en musique par Franz Schubert. Farshad Mohammadi se livre alors à une éblouissante improvisation au santour (instrument à cordes frappées de la famille des cithares sur table, m’apprend Ouiquipédia). Enfin, piano, santour et percussions se mêlent pour jouer deux compositions de Farshad Mohammadi sur des textes d’Hafez chantés par Maryam Alkhondy à l’envoûtante voix et Holger Falk, en duo.

            Le succès est total et mérite un rappel, un poème d’Hafez mis en musique par Robert Schuman. C’est une très bonne soirée et je sors de là heureux d’avoir découvert cet Hafez qui, au quatorze siècle de notre ère, écrivait : Comme les oiseaux leurs buissons/ Comme les chevreuils leurs forêts/ Aiment par prédétermination/ De même suis-je amoureux, seul,/ Du vin, de la taverne, et de la tenancière/ Tout est prédéterminé/ Par la grande Bonté d’Allah/ Hélas, que dois-je faire ?

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Dimanche 6 avril 2008

            Court concert (quarante-cinq minutes) vendredi soir à l’Opéra de Rouen, je découvre en arrivant qu’il est estampillé « jeune public » et en effet des enfants un peu partout sont présents dont un horrible moutard qui ne cesse de chouiner, heureusement pas trop près de moi. C’est pour lui (ou pour sa mère) qu’Edgar Allan Poe écrivait dans ses notes, rassemblées sous le titre Marginalia (un livre publié chez Allia que je viens de lire) le propos suivant : Les enfants ne sont jamais trop délicats pour qu’on les fouette. Comme ces biftecks un peu fermes, plus on les bat plus ils sont tendres.

            Les autres sont calmes et Pierre Charvet leur présente le programme de la soirée : le Concerto pour trompette en mi bémol majeur de Haydn et Regardez-le ! de lui-même, deux ouvres inscrites dans la modernité de leur époque, celle de l’existence d’un nouveau type de trompette pour la première, celle de l’existence de l’ordinateur pour la seconde. Il en profite pour faire un petit cours sur les caractéristiques de la musique classique et je constate une nouvelle fois que dans ce domaine j’en sais moins que beaucoup d’enfants. Il faudrait que je lise l’ouvrage qu’il a publié chez Adam Biro Le premier livre sur la musique classique expliquée aux enfants, destiné aux adultes.

            Fabien Gabel fait le chef d’orchestre ce soir et c’est Marc Geujon le trompettiste pour Haydn, virtuose évidemment, costume clair devant les costumes sombres des musicien(ne)s de l’orchestre de l’Opéra. Pendant que des applaudissements copieux saluent la performance, Fabien Gabel se relie à l’ordinateur par une oreillette.

            Le véritable chef d’orchestre du Regardez-le ! composé par Pierre Charvet c’est la machine. Elle indique à l’homme à la baguette quand et comment la manier. Les musicien(ne)s jouent sur les sons diffusés par les enceintes, voix enregistrées, bruitage de jeu vidéo, et cætera. Moult applaudissements se font entendre à l’issue du mixage.

            Je ne regrette pas d’être allé sans le savoir à un concert pour enfants.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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Samedi 29 mars 2008

            Je me rends pour la deuxième soirée consécutive à l’Opéra de Rouen. Au programme sont inscrits les noms de Stravinsky, Schumann, Ravel et Pécou. C’est de ce dernier que j’entends parler autour de moi en attendant l’ouverture des portes de la salle, précisément de son opéra Les Sacrifiées donné jeudi. Les présent(e)s de la veille semblent se classer en deux groupes, celles et ceux qui sont parti(e)s à l’entracte, celles et ceux qui y ont pensé mais ne l’ont pas fait. Certain(e)s s’inquiètent de devoir entendre une nouvelle fois la musique de ce compositeur. Je n’en fais pas partie.

            Ce sont Stravinsky et Schumann qui occupent la première moitié de concert avec le Concerto en mi bémol « Dumbarton Oaks » pour le premier (une œuvre de commande pour anniversaire de mariage bourgeois) et avec la Symphonie numéro trois en mi bémol majeur « Rhénane » pour le second. Je n’aime ni le concerto ni la symphonie. Je les trouve lourds et indigestes. Heureusement, la direction d’orchestre est confiée à Andrea Quinn, tonique jeune femme sautillante. Elle met un peu de légèreté dans cette affaire. Diriger une symphonie sans partition comme elle le fait, est-ce une performance ? Le béotien que je suis ne le sait pas et est impressionné.

            Après l’entracte, changement d’univers musical, le renommé Alexandre Tharaud entre en scène et s’assoit au piano pour trois pièces de Ravel Les Noctuelles, Oiseaux tristes et Une barque sur l’océan. Par extraordinaire, personne ne tousse au premier balcon où je me tiens en Hache Deux. Je participe au tonnerre d’applaudissements. Trois rangs plus bas un homme se retourne pour gronder trois petites dames qui ont gêné sa bonne audition. Cela réjouit ma voisine qui le signale à son père.

            -Il y a fritage entre les trois mamies et celui qui a des jumelles, c’est trop drôle.

            Le calme revient avec les musicien(ne)s de l’orchestre. Alexandre Tharaud se met au piano et Andrea Quinn à la baguette. C’est l’heure de L’oiseau innumérable de Thierry Pécou, une œuvre inspirée de la théorie du chaos chère à Edouard Glissant et qui doit son titre au poète antillais. Cet oiseau a tôt fait de réconcilier le public rouennais avec la musique de Pécou. Celui-ci vient saluer modestement avant que ne soit bissé le dernier mouvement. Un petit supplément de Tharaud, c’est toujours bon à prendre.

            A la sortie il y a foule au stand Harmonia Mundi où est en vente le cédé. Je ne me mêle pas aux acheteurs et acheteuses. Autant j’aime entendre la musique dite classique (ancienne et contemporaine) en concert, autant je n’ai pas envie d’en écouter chez moi.

par michel perdrial publié dans : Opéra et Classique
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