Suite au billet de mon Journal de bord écrit le jour de la mort d’Albert Cossery, je reçois un mail d’Iléna Lescaut, animatrice de Fenêtres francophones. Elle a eu la chance de rencontrer l’écrivain peu de temps avant sa disparition et a réalisé à cette occasion son ultime interviou le vingt-trois avril dernier, dont le texte est visible sur son site
Elle me signale l’existence d’une émission de la Télévision Suisse Romande, réalisée avant la trachéotomie, disponible dans les archives de ladite télévision.
On y voit et entend Albert Cossery à l’âge de septante-huit ans, interrogé en Egypte par Pierre-Pascal Rossi pour l’émission Hôtel.
Je regarde l’homme élégant au sourire ironique, attablé en bordure de la rue grouillante devant un thé à la menthe, et l’écoute exposer quelques éléments de sa philosophie personnelle, l’air de n’être dupe de rien , pas même de certains de ses propos.
« Je vis à l’hôtel parce que comme ça je n’ai pas les emmerdements que peut procurer un appartement. »
« Je n’aime pas la campagne. Je ne peux pas critiquer les arbres. J’aime critiquer les êtres humains. »
« Il n’y a que les imbéciles qui écrivent chaque jour. Parce qu’ils sont contents de ce qu’ils écrivent. Moi, je ne suis jamais content de ce que j’écris. C’est terrible d’être un écrivain et d’être lucide parce qu’on se rend compte que c’est mauvais. »
« Je peux aimer une fille jeune sans arrière pensée, sans me dire Ah quelle salope, elle m’a fait ceci ou cela. Une fille jeune peut faire tout ce qu’elle veut, je ne lui en voudrai jamais. On ne peut pas en vouloir à quelqu’un de jeune. Une fille qui vous dit des conneries, vous pouvez supporter tout d’elle. »
« Ma vie c’est moi, je m’en fous du reste. Je suis avec Albert Cossery, je ne m’ennuie jamais. »
Ainsi parle l’ « écrivain égyptien de langue française », dénonçant « l’imposture universelle » où nous font vivre gouvernants et possédants.