Radio

Samedi 30 décembre 2006 6 30 /12 /2006 11:11

            France Culture franchit bien le passage deux mille six deux mille sept avec une flopée d’émissions consacrées à Robert Walser (mort dans la neige, il y a cinquante ans, le soir de Noël, etc.). Le trente et un décembre à quatorze heures Pour Robert Walser, ensuite tous les jours de la première semaine de l’année nouvelle à quinze heures quarante Robert puis à vingt-deux heures quinze Walser forte, Walser piano. Pour le programme détaillé, voir le site Internet de ladite.

            Un bienfait que cette radio publique sur laquelle on peut se caler jour et nuit. Bien heureux de payer chaque année une redevance pour financer cet îlot d’intelligence dans l’océan de crétinerie.

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Dimanche 28 janvier 2007 7 28 /01 /2007 14:49

           Vraiment, c’est scandaleux de voir l’antenne de France Culture accaparée chaque dimanche matin par les émissions religieuses. Où est le rapport avec la culture ? Orthodoxie. Protestantisme. Judaïsme. Catholicisme. Dans l’ordre. Avec, un entracte au choix selon les semaines. Franc-maçonnerie ou rationalisme. Un alibi, cet entracte. Et un égal étalage de foi laïque chez ces deux associations, guère différentes des églises qu’elles entendent combattre. Depuis le temps que sont autorisées les radios privées, ces émissions religieuses auraient dû y trouver leur place. Rien à faire sur le service public. La religion est une affaire privée, non ?

            À quelque chose malheur est bon, comme dit Madame Michu. Ne pouvant pas écouter France Culture, j’ai enfin pris le temps d’écouter un cédé récemment acheté. Un concert de Barbara, enregistré par Europe Un, à l’Alhambra de Bordeaux, le vingt-huit novembre mil neuf cent soixante-neuf, concert donné gratuitement pour les étudiants de là-bas par la chanteuse, dans le cadre de l’émission Campus. Il y a trente-sept ans donc. Selon toute probabilité, je devais être à l’écoute ce soir-là. J’écoutais Campus, l’émission de Michel Lancelot, tous les soirs. On y entendait toute la chanson contestataire d’après mai soixante-huit. On y évoquait des sujets comme l’euthanasie ou l’homosexualité, sujets tabous en ce temps-là. Me souviens particulièrement d’une émission consacrée à l’objection de conscience malgré les risques encourus, la loi de l’époque interdisant d’en parler publiquement. Michel Lancelot était courageux et est mort jeune. Il a écrit un livre intitulé Je veux regarder Dieu en face. Je ne sais pas s’il a essayé et si c’est ça qui l’a tué.

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Lundi 5 février 2007 1 05 /02 /2007 17:20

            Juste avant de partir en ville, trouver refuge dans un café, pour y écrire ou pour y lire dans le brouhaha des conversations, j’écoute Histoire de l’amour, une série proposée par Catherine Clément sur France Culture (France Cul pour les intimes), c’est chaque jour de la semaine à treize heures trente.

            Aujourd’hui, voici qu’elle cite la bien connue formule de Jacques Lacan : Il n’y a pas d’acte sexuel, et enchaîne ingénument d’un : "Et alors, qu’est-ce qu’on fait la nuit avec l’homme ou la femme qu’on aime !" Oh Catherine, comme ces mots te trahissent. La nuit. Qu’on aime. L’amour ne se ferait que la nuit, qui plus est avec quelqu’un(e) que l’on aime ? Le jour, avec un(e) inconnu(e), tu devrais essayer.

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Mardi 13 février 2007 2 13 /02 /2007 12:25

A la Maison de l’Université de Mont-Saint-Aignan, hier soir, invité par Emmanuel Goudé pour son émission littéraire Enivrez-vous sur Radio Campus Rouen.

            Une émission ainsi nommée en référence à Baudelaire et à son petit poème en prose du Spleen de Paris m’informe mon hôte, un texte que j’ai lu autrefois et oublié, remis désormais en mémoire (mais pour combien de temps ?). Un moyen de ne pas oublier, c’est de l’écrire : « demandez quelle heure il est; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; Enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. » Enivrez-vous et enlivrez-vous.

            Un petit studio, quatre micros, Nicolas Debussy s’installe à la table de mixage, un autre invité prénommé Aurélien, dont le patronyme reste secret, est là pour parler de l’œuvre de Mishima.

            Il est vingt heures. On y va. Je réponds comme je peux aux questions d’Emmanuel, difficile de parler de soi et encore plus de ce qu’on écrit. Suis davantage à l’aise quand il s’agit de lire quelques-uns de mes textes parus en revues. L’ambiance est décontractée, des chips circulent et le muscat remplit les verres. Dans un joyeux désordre, on passe à Mishima avec Aurélien puis on repasse par chez moi pour quelques Persiflages directement issus de ce blog.

            Dans les verres, un petit rosé a remplacé le muscat, Il faut être toujours ivre, comme l’écrivait Charles, je ne comprends plus bien les questions d’Emmanuel, Nicolas lance quelques plaisanteries nippones et l’on atteint vingt et une heures. L’animateur de l’émission suivante est en retard, on l’attend un bon moment en musique, il arrive en catastrophe et jette dans la platine une version chinoise de L’internationale.

            Je sors de là bien content, me demandant ce qu’en ont pensé les auditeurs, et remercie les joyeux animateurs d’Enivrez-vous, Nicolas et Emmanuel, deux garçons fort sympathiques, même si le second m’a traité de poète en début d’émission, allez, je ne lui en veux pas.

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Lundi 21 mai 2007 1 21 /05 /2007 15:34

            Une journée entièrement employée à me préparer pour Enivrez-vous, l’émission littéraire de Radio Campus Rouen, dont je suis l’invité ce lundi soir. Il s’agit pendant une heure de parler de la littérature érotique et d’en lire des extraits. Littérature mais aussi chanson érotique, j’emporte avec moi les disques de plusieurs chanteuses : Emily Loizeau pour Boby chéri, Clarika pour Les garçons dans les vestiaires, Cornu pour Je suis fière (mes fesses), Jane Birkin pour Dans mon rocking-chair, Elli Medeiros pour Toi mon toit, Mylène Farmer pour Déshabillez-moi. Côté écrivains, trois auteurs plus particulièrement mis en avant ce soir, deux hommes et une femme. Je ne dis pas leurs noms. Je laisse la surprise aux auditrices et auditeurs potentiels. Il ne faut pas être situé trop loin de la Maison de l’Université sise à Mont-Saint-Aignan. L’émetteur est de faible puissance. Je parle du dispositif technique envoyant les ondes alentour, pas de moi-même.

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Mercredi 30 mai 2007 3 30 /05 /2007 17:33

            A l’écoute ce matin, sur France Culture, de l’émission d’Emmanuel Laurentin La fabrique de l’Histoire consacrée à l’objection de conscience et à l’insoumission, une bonne évocation de l’antimilitarisme actif, l’occasion d’entendre la voix de l’anarchiste Louis Lecoin et les témoignages d’anciens insoumis et de leur avocat Jean-Jacques de Felice, ce qui me ramène un peu plus de trente ans en arrière quand j’étais bien concerné par le problème, sursitaire jusqu’à vingt-trois ans grâce à un vague statut d’étudiant et bien décidé à ne pas le faire, ce service militaire obligatoire, pas prêt non plus à faire l’objecteur de conscience pendant deux ans à l’Office National des Forêts sous les ordres d’anciens militaires recyclés dans le bûcheronnage, prêt en revanche à faire deux ans de prison pour insoumission et conséquemment à perdre mon travail.

            M’était entretenu de cela avec Helyette Besse qui tenait à Paris, rue de la Reine Blanche, la librairie anarchiste Le Jargon libre que je fréquentais à chacune de mes escapades dans la capitale.

            -Tu peux jouer les héros si tu veux, m’a-t-elle dit, mais il y a sûrement d’autres moyens pour toi d’échapper au service militaire. Je vais te donner l’adresse d’une amie avocate.

            Sur le conseil de cette avocate, me souviens plus de son nom, je crois qu’elle se prénommais Christine, je suis retourné chez les militaires me faire examiner l’intérieur de la tête, muni d’un vrai faux certificat médical attestant de ma faiblesse psychologique, établi par Ernest Martin, médecin d’extrême gauche, par ailleurs maire de ma ville natale, je peux raconter tout cela, il y a prescription.

            -Je suis désolé, m’a dit le galonné de service, vous ne pourrez pas faire votre service militaire, vous êtes exempté pour hypersensibilité pathologique.

            C’est ainsi que j’ai échappé à la prison. Helyette Besse, quant à elle, y a eu droit quelques années plus tard pour avoir aidé les fugitifs d’Action Directe.

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Jeudi 31 mai 2007 4 31 /05 /2007 09:48

            Nouvelle émission d’Emmanuel Laurentin consacrée au pacifisme et à l’antimilitarisme dans sa  Fabrique de l’Histoire aujourd’hui sur France Culture, avec une virée dans le Larzac de mil neuf cent soixante-treize pour la grosse manifestation du mois d’août contre l’extension du camp militaire, une brillante idée de Michel Debré, ministre de la Défense nationale.

            Me souviens de cette foule venue au secours des paysans, de la longue marche sur le causse, du concert nocturne avec tous les représentants de la chanson contestataire, comme on disait à cette époque, une belle fête de la résistance, de l’insoumission, de la désobéissance civile et de la non-violence.

            Toute la faune politique d’extrême-gauche était là. Je me demande ce que sont devenus les membres du Parti Communiste Marxiste Léniniste de France, des maoïstes dont le drapeau s’ornait des tronches de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao et qui dissimulaient les plaques d’immatriculation de leurs voitures au prétexte qu’ils étaient là clandestinement, ils me faisaient bien rire ceux-là.

            François le Mythe Errant avait fait une apparition sur le causse, ce jour-là. Il n’était pas le bienvenu et, bousculé, s’était retrouvé le cul dans les chardons, si j’en crois tout au moins l’un des loustics qui m’accompagnait, je ne fus pas témoin visuel de la scène.

            Me souviens aussi de toutes ces affiches antimilitaristes manuscrites faites avec la bande de libertaires d’Evreux où je menais des études décontractées et collées dans la ville un soir de quatorze juillet, y compris en plein centre sur les vitrines des Nouvelles Galeries, c’est ma voiture, une Méhari bien pratique, qui servait pour ce genre d’action aventureuse et heureusement que les policiers ne nous ont pas chopés.

            Me souviens encore des bergeries construites sans permis, des terres convoitées par l'armée achetées collectivement pour embrouiller les expropriations (je dois toujours en posséder quelques ares ayant participé à la quête organisée par la municipalité d’extrême-gauche de Louviers à cette fin), des livrets militaires renvoyés (pas pu le faire, en suis démuni).

            Le Mythe Errant, c’est à mettre à son actif, en mil neuf cent quatre-vingt-un, a renoncé à l’extension du camp militaire du Larzac.

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Mardi 7 août 2007 2 07 /08 /2007 11:08

            A l’écoute quotidiennement de ma radio préférée, je suis déçu des programmes proposés cet été par France Culture, une quantité de rediffusions (ça coûte moins cher) et pas des meilleures (impossible pour moi de subir une deuxième fois les entretiens complaisants de Frédéric Mitterrand, « l’ami des têtes couronnées » et neveu du Mythe Errant, dégoulinant de flatterie envers ses invités), des tunnels de trois heures trente le matin consacrés à un sujet unique chaque semaine (impossible de passer autant d’heures en compagnie d’une auteure aussi lassante que la sentencieuse Marguerite Yourcenar) et la retransmission de colloques sur des sujets aussi usés que l’avenir du livre (je sais déjà qu’il est moribond mais qu’on aura du mal à avoir sa peau).

            Je suis donc souvent contraint d’arrêter la radio et, dans l’état d’un drogué à qui il manque sa dose, je me rabats sur un produit de substitution, j’écoute quelques-uns de mes cinq cents cédés qui dorment le plus souvent sur mes étagères.

            Sauf le samedi soir et le dimanche soir, car ces soirs-là France Culture campe dans les années soixante du siècle précédent à l’aide d’archives sonores idoines, une année par soirée, la dernière émission, dimanche, c’est mil neuf cent soixante-trois, j’ai une nouvelle fois douze ans, Edith Piaf et Jean Cocteau viennent de mourir, Kennedy est assassiné et Colette Magny chante Melocoton : Viens, donne-moi la main... /Pour aller où ?/- J'en sais rien !

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Lundi 17 décembre 2007 1 17 /12 /2007 17:51

            Une émission que j’aime bien sur France Culture, c’est Les pieds sur terre de Sonia Kronlund qui propose chaque jour, du lundi au vendredi, un documentaire sans commentaire d’une demi-heure, en début d’après-midi, consacré à des sujets divers qui tous ont à voir avec la façon dont se débrouillent, bien ou mal, les hommes et les femmes pour vivre ou survivre dans la France d’aujourd’hui.

            Les sujets sont de tous les genres : un garçon explique pourquoi et comment il se fait grossir et allonger le sexe par un chirurgien, un autre prend des leçons de séduction pour apprendre à aborder les filles dans la rue, un couple vivant sous un viaduc se désole de trouver régulièrement des cadavres de suicidés dans son jardin, une fille à la peau noire raconte comment on se fait blanchir du côté de Château Rouge.

            Demain mardi, c’est l’histoire de Chulan Liu Zhang,  cette femme chinoise sans papiers qui s’est jetée par la fenêtre à la vue des policiers.

            Aujourd’hui, les ouvrières grévistes de l’usine Bergères de France parlent de leur patron qui leur a foncé dessus avec son kat-kat, blessant légèrement quatre d’entre elles.

            Il y a souvent des pépites dans le discours de celles et ceux qui s’expriment. Ce jour, une ouvrière, dans un à peu près dont sont coutumiers celles et ceux qui n’ont pas fait d’études, déclare :

            -Ce n’est quand même pas la mort à boire.

            Cette formule me fait rêver une bonne partie de la journée, alors que dans le froid sibérien, j’erre dans les rues, les pieds sur terre et la tête ailleurs.

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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 07:39

Lundi neuf novembre, je suis réveillé par une voix France Inter suivie d’une idiotie publicitaire. Je me demande ce qui se passe, si mon tuneur, calé sur France Culture, n’est pas soudain victime d’un ramollissement du cerveau..

Que nenni, j’apprends que Radio France fête le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin en réunissant toutes ses antennes. Hier encore, il y avait France Culture France Musique France Inter France Info France Bleu Le Mouv. Aujourd’hui, il y a Radio France.

Evidemment, on n’allait pas tirer vers le haut celles et ceux qui écoutent les quatre dernières radios, on oblige donc les auditeurs et auditrices des deux premières à supporter la médiocrité France Inter, ce ton faussement enthousiaste, ces informations anecdotiques, ces messages pour le devoir de mémoire et contre les accidents de scouteur sponsorisés par des assureurs, ces journalistes qui coupent la parole aux invités, le Nicolas Demorand qui parle de Berlin comme d’une « grande mégalopole » (à quoi ressemble une petite mégalopole, je me demande). Vers midi arrivent les comiques pas drôles qui font des blagues pas marrantes. Et le soir, je vois qu’il est prévu « La chute du Mur de Berlin pour les Nuls », émission animée par le lourd de Panique au Mangin Palace, une des plus stupides émissions de France Inter.

Je vais craquer. J’envoie un mail à France Cul : « Par pitié, rendez-moi France Culture, je n'en peux plus de la vulgarité de cette journée Mur de Berlin. Pourquoi une seule radio comme dans un pays totalitaire pour fêter ce jour de liberté? »

Ce onze novembre deux mille neuf, je n’ai pas encore la réponse à ma putain de bonne question. Je doute de l’obtenir mais depuis hier j’ai retrouvé ma radio préférée que j’écoute en écrivant, songeant que ça fait aujourd’hui trois ans que je tiens ce Journal de bord persifleur qui se passe de commentaires.

En voici un cependant, pêché le quatorze mars dernier à la suite d’un billet du blog de Laure Leforestier et signé d’un certain Ghost : « Dire qu'il se passe quelque chose dans la vie de Michel Perdrial et que de surcroît cela nous passionne, c'est tout de même très cocasse, vous en conviendrez. »

Assurément.

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