Une émission que j’aime bien sur France Culture, c’est Les pieds sur terre de Sonia Kronlund qui propose chaque jour, du lundi au vendredi, un documentaire sans commentaire d’une demi-heure, en début d’après-midi, consacré à des sujets divers qui tous ont à voir avec la façon dont se débrouillent, bien ou mal, les hommes et les femmes pour vivre ou survivre dans la France d’aujourd’hui.
Les sujets sont de tous les genres : un garçon explique pourquoi et comment il se fait grossir et allonger le sexe par un chirurgien, un autre prend des leçons de séduction pour apprendre à aborder les filles dans la rue, un couple vivant sous un viaduc se désole de trouver régulièrement des cadavres de suicidés dans son jardin, une fille à la peau noire raconte comment on se fait blanchir du côté de Château Rouge.
Demain mardi, c’est l’histoire de Chulan Liu Zhang, cette femme chinoise sans papiers qui s’est jetée par la fenêtre à la vue des policiers.
Aujourd’hui, les ouvrières grévistes de l’usine Bergères de France parlent de leur patron qui leur a foncé dessus avec son kat-kat, blessant légèrement quatre d’entre elles.
Il y a souvent des pépites dans le discours de celles et ceux qui s’expriment. Ce jour, une ouvrière, dans un à peu près dont sont coutumiers celles et ceux qui n’ont pas fait d’études, déclare :
-Ce n’est quand même pas la mort à boire.
Cette formule me fait rêver une bonne partie de la journée, alors que dans le froid sibérien, j’erre dans les rues, les pieds sur terre et la tête ailleurs.