Presse

Mardi 14 novembre 2006 2 14 /11 /2006 08:14

Voici Libération entre la vie et la mort. J’y suis pour quelque chose, ne l’achetant plus que le jeudi, le jour des pages littéraires, et exceptionnellement, lorsque l’actualité l’exige.

Alors que je fus l’un de ses premiers lecteurs, abonné avec un groupe de copains, avant même sa naissance, au bulletin quotidien de l’Agence de Presse Libération dirigée par Maurice Clavel, ce bulletin transformé en journal, directeur Jean-Paul Sartre, dont j’ai eu en main plusieurs des numéros zéros.

Comme bien d’autres, je l’ai acheté «tous les jours au même endroit» pour simplifier la distribution, ai mis la main au porte-monnaie quand il manquait couler, me suis rendu à Paris pour des concerts de soutien qui duraient toute la nuit avec à l’affiche François Béranger et Jacques Higelin.

Oui, mais au fil du temps, ce journal politiquement subversif et moralement libertaire a perdu de son charme et de son intérêt, s’assagissant davantage à chaque changement de formule, se compromettant avec le monde de l’argent, s’ouvrant à la crétinerie ambiante jusqu’à être envahi par ces putains de pages consacrées au sport dans chaque numéro, non, ce n’est pas possible…

Tu es devenu vieux Libération, et tristement raisonnable. Et comme tu as remplacé tes petites annonces de cul par les cours de la bourse, il ne faut pas t’étonner que ce soit la débandade.

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Mercredi 15 novembre 2006 3 15 /11 /2006 12:30

Envoyé ma note d’hier (L’hibernation) au forum du site Internet de Libération. Elle y figure après être passée entre les mains du modérateur, lequel a laissé en toutes lettres le mot cul mais a remplacé putains par p*****s. Va savoir pourquoi…

Cela me donne une idée pour la prochaine formule du journal. Changer son titre. Le mettre en conformité avec le contenu éditorial. Remplacer Libération par Modération.

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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /2007 08:56

            Voici Charlie Hebdo poursuivi par des adeptes d’une religion monothéiste. Chaque jour et dans tous les domaines les ennemis de la liberté (et ils sont nombreux et pas seulement les religieux monothéistes) avancent leurs pions et contaminent les esprits. Un sondage publié aujourd’hui dans le pays de Voltaire montre que huit Français sur dix pensent qu’on ne doit pas se moquer des religions en public.

            Dans ce climat oppressif, l’autocensure se répand. Pour le vérifier, il n’est qu’à comparer le Charlie Hebdo d’aujourd’hui avec le Charlie Hebdo des années soixante-dix du siècle précédent, un Charlie Hebdo alors bien plus incisif, bien plus agressif, bien plus subversif. L’abominable concept de respect lui a déjà rogné les ailes. Certains veulent aujourd’hui les lui couper un peu plus. Combien sommes-nous encore à revendiquer le droit à l’irrespect ?

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Mercredi 14 février 2007 3 14 /02 /2007 15:59

            Pris une boisson chaude avec Valérie Berthoule venue me poser des questions sur mes activités de blogueur littéraire pour Bazart Magazine. J’étais le deuxième sur la liste. Elle venait d’interroger Mister Crocodile. Et plutôt que de sonner à l’interphone comme fait quiconque ose venir me voir, elle a toqué à la première porte venue et c’était la mienne. Vraiment cette jeune personne a du flair, elle a eu raison de faire journaliste.

            Donc, on a parlé pendant une heure et demie, à elle les questions et à moi les réponses, inutile de dire qui avait le rôle le plus facile. Le résultat de l’entretien sera dans Bazart Magazine au mois d’avril.

            Avant de me quitter pour se rendre à la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier, elle m’a demandé, comme à tous ses interlocuteurs, quel livre je n’emmènerais jamais sur une île déserte. Un livre, un seul, c’est ça qui est difficile, il y a tellement de livres insupportables. Et par ailleurs, sur une île déserte avec à disposition un seul livre, je le lirais quelles qu’en soient sa nullité ou son odeur nauséabonde. Bon, j’ai trouvé une réponse, on la connaîtra dans deux mois.

            J’ai renvoyé sa question à Valérie Berthoule afin qu’elle se rende compte un peu. Elle a fait comme moi, elle a réfléchi un petit moment et m’a dit :

            -Les bienveillantes de Jonathan Littell.

            Je trouve que c’est une bonne réponse.

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Lundi 9 avril 2007 1 09 /04 /2007 19:37

Le Bazart Magazine de printemps est dans les présentoirs de bon nombre de lieux culturels de Normandie, Basse et Haute. A l’intérieur, le dossier Dans la marge pour lequel Valérie Berthoule était passée me voir. Il est donc question de moi et de mes écritures dans ce numéro, sur une double page que je partage avec Mister Crocodile, c’est dire si je suis en bonne compagnie.

Mister Crocodile, dont les dessins illustrent les couvertures de ce Bazart Magazine et de Bazart l’agenda mensuel, prospère aussi sous les noms de L’Imprimante ou Bureau L’Imprimante quand il est graphiste, illustrateur ou éditeur et Disco L’Imprimante quand il est didjai.

En deux autres pages, vers la fin du numéro, Bazart Magazine fait le tour des activités de ce garçon polyvalent qui vient de mettre en place, dans certains lieux choisis de l’agglomération rouennaise, la nouvelle version papier de son Guide urbain de l’élite.

Dans cette pochette-surprise, plein de choses diverses et variées : une évocation de Jean Lorrain, les conseils de lecture d’Emmanuel Kerner, une façon sans façon de déguster le demi-tourteau cuit, la tête de Jean-Michel Basquiat agrémentée d’une couronne crocodilesque, je suis loin de tout dire, je laisse le plaisir de la découverte. Il faut se dépêcher, le tirage est de cent exemplaires numérotés et c’est gratuit.

La dernière fois que je l’ai vu, le Crocodile, il s’est étonné de me voir porter des chaussures de sécurité. Je suis au goût du jour, c’est tout.

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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /2007 10:45

            Mon téléphone sonne. Je décroche :

            -Oui ?

            -Bonjour monsieur, c’est Emmanuel Blanc de Paris Normandie, je vous appelle pour savoir si vous lisez notre journal.

            -Non.

            -Pour une raison particulière ?

            -Oui, parce que je le trouve creux.

            -Ah bon, vous vous informez par d’autres moyens, télévision, radio, Internet, journaux nationaux ?

            -Télévision, non, pour la même raison. J’écoute France Culture et lis parfois Libération.

            -Bon, eh bien, je vous remercie.

            Emmanuel Blanc raccroche, espérant sans doute au prochain appel tomber sur un lecteur de son journal qui lui fera connaître son avis sur la nouvelle formule. Il y a quelques temps, je côtoyais dans un lieu que je m’abstiens de préciser, deux des principaux rédacteurs de Paris Normandie peu optimistes sur l’avenir de leur journal et l’un d’eux de conclure :

            -Bon, à l’âge qu’on a, on n’a plus rien à attendre et ça tiendra bien encore jusqu’à ce qu’on arrive à la retraite.

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Mardi 11 septembre 2007 2 11 /09 /2007 09:44

            Je me souviens exactement quand et comment j’en ai entendu parler. J’avais dix-neuf ans, je m’emmerdais chez mes parents, ils écoutaient France Inter. Ce jour-là, un éditorialiste dénonçait un nouveau journal nommé Actuel, un journal extrêmement nocif pour la jeunesse et qu’il conviendrait d’interdire, concluait-il.

            Je prenais le peu d’argent de poche dont je disposais et filais à la Maison de la Presse. J’avais en main le numéro deux d’Actuel, le mensuel de la contre-culture, un mensuel fondé par un certain Jean-François Bizot avec ses copains Michel-Antoine Burnier, Patrick Rambaud, et Bernard Kouchner (celui qui a mal tourné). C’était en mil neuf cent soixante-dix.

           J’achetais ensuite chaque numéro que je lisais avidement en m’usant prématurément les yeux sur les pages à l’encre verte sur fond mauve de cette revue psychédélique. Il y était question de musique et de littérature souterraines, de drogues douces et moins douces, de marginalité, de troc, de communautés, de route, de sexe, de révolution, d’écologie, d’utopie et de philosophie libertaire, ça me convenait très bien. Des centaines de petites annonces gratuites reliaient les lecteurs et lectrices entre eux. Je n’étais plus aussi seul. Un jour, l’équipe décida de saborder le journal, sur le dernier numéro une femme pleure en déclarant « Actuel c’est fini »

            Plus tard, Jean-François Bizot, pour qui, il faut bien le dire, la contre-culture devint une sorte de fond de commerce, inventa l’Almanach Actuel, une sorte d’Actuel annuel puis lança une nouvelle formule, rien à voir avec le précédent Actuel, une revue bonne pour la poubelle, puis il se rattrapa en créant Radio Nova et Nova Magazine.

            Il est mort ce huit septembre, à l’heure où ses idées ne sont plus dans l’air du temps, écœuré qu’il était par "cette société de la liberté surveillée créée dans notre dos par une coalition de quadragénaires psychomoralisateurs".

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Vendredi 21 septembre 2007 5 21 /09 /2007 16:46

            Un certain nombre d’années que je suis abonné à Télérama, plus précisément à l’édition parisienne de Télérama, qui comporte un supplément Sortir, relatif à la vie culturelle de la capitale (au sens large). Ne voilà-t-il pas que je reçois, signée de Béatrice Hubbert, Directrice des Relations Abonnés (c’est le jargon employé), une circulaire m’informant que désormais si je veux continuer à recevoir ce supplément je dois le lui dire, soit en renvoyant le papillon joint, soit via Internet.

            Je choisis Internet, passe un certain temps à écrire comment je m’appelle où j’habite et quel est mon numéro d’abonné, et il m’est annoncé que ma demande est enregistrée.

            Le nouveau Télérama arrive mercredi. Sans son supplément Sortir. Je veux protester en téléphonant au service des abonnés mais constate que maintenant il est doté d’un numéro surtaxé.

            Je réponds donc une deuxième fois par papillon, Oui je veux recevoir le supplément Sortir, déversant ma mauvaise humeur au dos dudit papillon, tout ce temps perdu, toutes ces bonnes raisons de dire des gros mots à Télérama, tout cela parce que cet hebdomadaire veut faire de petites économies, peut-être que son mariage avec Le Monde ne lui a pas réussi, ce qui est sûr c’est que désormais pour Télérama aussi, la devise c’est : Toujours moins.

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Mercredi 2 janvier 2008 3 02 /01 /2008 10:52

            Chaque matin à neuf heures pendant une semaine France Culture me ramène dans les années soixante-dix en célébrant, pendant une heure, Actuel, la revue mensuelle de Jean-François Bizot, mort l’an dernier. Plein feux sur la route, la dope, les communautés, le rock, l’écologie, la contre culture, la liberté sexuelle, toutes choses excitantes et pour certaines passablement dangereuses

            Avec elle, je feuillette, ce mardi soir, ma collection incomplète ressortie du placard (j’étais naïf, j’ai prêté certains numéros que je n’ai jamais revus). Du Spécial déprime au Numéro libéré, nous passons par L’avortement militant, le Spécial parano, le Spécial cochon, L’Herbe, Le quatrième sexe, Sur l’autoroute des Freaks, Et maintenant, démerdez-vous ! , La connerie c’est les autres.

            Ce qui l’amuse bien, ce sont les petites annonces gratuites du genre de celle-ci : « Solitaire, trente-cinq ans et un roman à écrire cherche grande bringue folle de littérature à l’esprit pas trop étroit qui pourrait m’héberger loin du bruit et de la fureur ». Ou bien « Toi, nana qui aime la nature et veut la découvrir, prends ton sac et viens à l’aventure hors des chemins battus » Ou encore : « Ras le bol de la vie cinglée des villes. Cherchons autre chose, vieille baraque à retaper ferait bien l’affaire. Sommes quatre et peu de fric. ». Pour chaque annonce, suivent le nom et l’adresse.

            Je sais que dans au moins un de ces numéros d’Actuel, se trouve une annonce suivie de mon nom et de mon adresse. Me souviens plus de ce que je cherchais, une fille peut-être.

            Elle est bien contente de se plonger dans cette période aventureuse sur papier coloré, orange sur fond jaune ou vert sur fond bleu, et regrette amèrement d’être jeune à l’époque où il convient juste de travailler plus pour vendre à perte.

            -Ne t’en fais pas, lui dis-je, cela va bientôt revenir.

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Mardi 22 janvier 2008 2 22 /01 /2008 09:40

            J’apprécie vraiment la chronique que tient Edouard Launet dans le cahier Livres de Libération. L’autre semaine, il annonçait que Julien Gracq était mort en lisant Ce grand cadavre à la renverse de Bernard-Henry Lévy. Cette semaine, il évoque le petit commerce médiatique en revenant sur les fesses de Simone de Beauvoir en couverture du Nouvel Observateur et le scandale s’ensuivant du côté des Chiennes de Garde et autres féministes moralisatrices. Ces mêmes fesses ont fait la une de Lire en deux mille six, m’apprend-il, sans le moindre remous.

            Edouard Launet, il ironise ensuite sur les biographies à venir de Carla Bruni et en profite pour se moquer à nouveau des Editions Elisabeth Brunet (Rouen) où devrait paraître la plus épaisse, « sous le titre idiot de Sous le soleil Carla brunit », avec une introduction de soixante-douze pages « riche d’épanalepses ».

            Ce qui me fait songer à ce Quai aux Livres où je me suis trouvé en concurrence avec Elisabeth Brunet pour l’achat de Ma vie secrète, journal intime d’un anonyme anglais. Le vendeur désirait céder les quatre tomes ensemble. Elle voulait les deux premiers seulement. Je ne convoitais que le quatrième. Après négociation à trois, le vendeur, elle, moi, elle a acheté les trois premiers, moi le quatrième, chaque volume au prix de cinq euros.

            Las, revenu chez moi, me suis aperçu que je n’avais pas le troisième. Le lendemain, je me rends à la librairie d’Elisabeth Brunet. Je lui explique mon cas. Elle me revend ce troisième tome pour dix euros. Ce qui prouve que c’est une bonne commerçante.

            Où je veux en venir avec tout ça, je ne le sais pas moi-même si ce n’est que Jean Daniel, patron du Nouvel Obs, n’ayant pas voulu exhiber ses fesses en dédommagement à la une de son hebdomadaire, je propose les miennes, il paraît que j’ai un joli cul.

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