Mercredi 15 novembre 2006
Le téléphone sonne. Je décroche.
-Monsieur Perdrial ? m’interroge une voix féminine.
Je confirme
-Monsieur Perdrial, réjouissez-vous, votre numéro de téléphone a été tiré au sort et vous êtes l’heureux gagnant d’un magnifique téléphone portable avec appareil photo intégré offert par Bouygues Telecom.
Un silence, le temps que je m’émerveille sans doute, mais je préfère lui demander:
-Tu t’appelles comment ?
-Rose, me répond-elle, décontenancée.
-Tu as une jolie voix, Rose.
-Euh… Merci.
Elle reprend ses esprits, se remet en pilotage automatique, me vante l’abonnement mirifique auquel je peux prétendre grâce à mon magnifique téléphone portable gratuit.
-Arrête-toi là, Rose, tu me prends pour un abruti, tu sais bien que j’aurais tôt fait de le payer dix fois son prix ce téléphone avec cet abonnement. Mais je ne t’en veux pas, je sais qu’en ce moment ton patron t’écoute et te surveille dans la salle où tu travailles. Et que tu es contrainte à ça pour gagner ta vie. C’est lui le coupable et il peut se le garder son téléphone et tous les pièges qui vont avec.
Avant de raccrocher, je souhaite une bonne journée à Rose. Elle a vraiment une jolie voix.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Vendredi 24 novembre 2006
Je m’étonne à la poste d’une augmentation de plus de huit pour cent du timbre à destination de l’Europe, passé de cinquante-cinq à soixante centimes.
-Tout augmente, me répond le postier.
-Ah bon, votre salaire vient d’augmenter de huit pour cent?
Il ne répond rien. Il a peut-être l’ordre de ne pas polémiquer avec les clients (comme on dit désormais dans le service public). Ou alors il se sent tenu à l’obligation de réserve qui fait de la plupart des fonctionnaires des muets. Ou alors il ne sait pas compter. Ou alors il pense que pour contester une augmentation de cinq centimes, il faut être un peu timbré.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Allez-y les cafetiers, n’hésitez pas, bientôt les clients ne pourront plus fumer dans vos établissements et vous risquez d’y perdre quelques picaillons, alors ne tergiversez pas, installez-les vos terrasses chauffées, vous y parquerez les fumeurs et ferez claquez le tiroir-caisse, après avoir un peu augmenté le prix des consommations car bien sûr ce n’est pas à vous de les payer, ces appareils de chauffage fixes ou escamotables.
Oui vraiment, allez-y les cafetiers, ne vous gênez pas, la planète n’a pas encore assez chaud aux fesses, il reste encore un peu de neige au sommet du Kilimandjaro.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Mercredi 29 novembre 2006
Qu’on ne compte pas sur moi, qui ne suis cependant pas un adepte de la fumette, pour aller faire le badaud ce mercredi à l’Armitière où un certain professeur Jean Constentin dédicacera son livre Halte au cannabis ! publié aux éditions Odile Jacob.
Comme cette librairie rouennaise est tombée bas depuis qu’elle a changé de propriétaire. Promouvant tous les best-sellers et autres niaiseries commerciales. Plébiscitant les ouvrages de développement personnel du genre Comment maigrir sans effort tout en se faisant des amis dans le chaubise. Employant des vendeuses qui appellent à l’aide leur ordinateur quand on leur parle d’Elfriede Jelinek ou d’Antonio Lobo Antunes. Accueillant pour finir ce croisé anti-joint. Que de chemin parcouru vers la morale bourgeoise et la niaiserie ambiante.
Comme est loin la petite Armitière des années soixante-huit et suivantes, rue des Ecoles, avec ses tables consacrées au féminisme, aux énergies douces, à la révolution et à la contre-culture.
C’est là-bas, je crois bien, que j’ai acheté ce manuel de jardinage québécois sobrement intitulé L’Herbe publié par Le Petit Planteur Entêté aux éditions Nowhere Press, un ouvrage que j’ai parfois photocopié pour certaines qui avaient un petit lopin de terre.
Le vent a tourné. Comme le montre l’invitation faite par l’Armitière au professeur Constentin. Mais la terre est encore fertile.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Vendredi 15 décembre 2006
Je crois qu’elle m’aime bien, madame Télé Deux. Elle me téléphone souvent. Elle s’inquiète pour moi. Un jour, elle se demande pourquoi je n'appelle plus aussi souvent à Paris qu’autrefois. Elle s’étonne de devoir m’envoyer des factures moins élevées que le prix du timbre sur l’enveloppe. Je crois que je lui coûte cher mais malgré tout elle n’a pas envie de rompre.
Un autre jour, elle m’interroge sur mon entêtement à ne pas vouloir de téléphone portatif (elle appelle ça un portable). Elle m’écoute attentivement quand je lui explique que je suis un homme libre, que je ne veux pas avoir de fil à la patte. Elle n’insiste pas. Elle respecte mon choix.
Hier, elle m’invite à quitter France Telecom et mon fournisseur d’accès à Internet, pour remplacer tout ça par son offre unique et mirifique. C’est beaucoup plus simple et bien moins cher, m’explique-t-elle. Je lui dis que personnellement j’aime ce qui est cher et compliqué. On a du mal à se comprendre tout les deux. Mais elle est très patiente et gentille avec moi, madame Télé Deux. Elle me rappellera bientôt, j’en suis sûr.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Dimanche 17 décembre 2006
A la caisse de la Fnaque, ça traîne, conséquence de l’approche de Noël et de la boulimie d’achat qui va avec. Devant moi peste une petite blonde, elle doit être à l’école maternelle dans un quart d’heure pour y récupérer sa gamine et la maîtresse, elle rigole pas, si elle est en retard elle va encore se faire engueuler.
C’est son tour, elle pose sur le tapis le dévédé d’un comique de télévision et un livre de Nicolas le Hulot, l’animateur de télévision qui se démène beaucoup en ce moment pour sauver la planète.
Elle rouspète encore pendant qu’elle paie avec sa carte bancaire. Manquerait plus, qu’en plus, je fasse sonner l’alarme en passant avec mon sac ! annonce-t-elle à la cantonade.
Et justement, voilà l’alarme qui se déclenche à son passage.
-Qu’est-ce que je disais, dit la petite blonde pressée.
Elle fouille dans son sac, en sort le cédé d’une chanteuse de télévision.
-Je savais bien que j’avais pris un cadeau pour mon frère, explique-t-elle à la caissière et à la file d’attente. Il était tombé dans mon sac.
La caissière fait semblant d’y croire et tout autour les regards en disent long. Le cadeau de Noël de son frère lui aura finalement coûté quatorze euros soixante-cinq centimes.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Des sapins, des boules, des guirlandes, des lumières, des bonshommes rouges, des enfants qui pleurent dans la rue et des parents qui se bousculent. La fête approche et c’est fou comme ça rend heureux.
Le plus grand des plaisirs, c’est encore de laisser traîner ses oreilles :
-Ça y est, pour Jacqueline, on est tranquille.
-Pour Raymond, une cravate ça suffira.
-Tu as une idée, toi, pour la grand-mère ?
-Tu crois qu’il y aura l’oncle René au réveillon ?
-Il va encore falloir se taper son karaoké.
-Et ta belle-sœur, est-ce qu’elle sera là avec ses sales mioches ?
La corvée des achats de cadeaux, suivie de la corvée du repas familial, c’est Noël.
On va encore me trouver bien négatif.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Allons bon, plus de la moitié des Français croient que l’Euro est une mauvaise chose, responsable des hausses de prix, et veulent revenir au Franc. Il faut voir un peu plus loin que le bout de son nez.
Si le petit café expresso est passé de cinq ou six francs à un euro vingt ou un euro quarante, est-ce la faute à l’Euro ? Non, c’est le cafetier qui a profité de l’occasion pour se remplir les poches.
Idem pour le pain et le boulanger.
L’un et l’autre et quasiment tous les commerçants ont profité de l’aubaine, y compris l’Etat quand il vend ses timbres poste. C’est facile, on continue à augmenter ses prix de cinq ou dix centimes, comme au bon vieux temps du Franc, en oubliant opportunément qu’avec l’Euro l’augmentation est multipliée par six et demi.
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Dimanche 31 décembre 2006
Dernier marché de l’année deux mille six au Clos Saint-Marc. Peu de vendeurs installés et petite affluence, à l’heure matutinale où je m’y pointe. Je m’attarde à l’étal d’un brocanteur, vendeur d’une poignée de livres jetée sur le sol. Il discute avec une connaissance à lui.
-Il y en a qui réussissent avec le livre, lui dit-elle.
-Oui, mais attention, c’est pointu le livre, lui répond le professionnel.
Elle raconte alors l’histoire d’une amie à elle qui a mis en vente un livre sur Internet, et alors ça a monté, ça a monté… Même qu’elle est allée rechercher des livres qu’elle avait donnés à une de ses amies, qui devaient partir en Roumanie, ces livres… Pour les vendre sur Internet.
Anecdote édifiante, où se mêlent pas mal de fantasmes et un bel exemple de générosité.
Suis rentré sans un livre, mais avec une baguette de pain « tradition ».
Par michel perdrial
0
-
Recommander
Faillite nationale pour la chaîne Maxi Livres; le magasin de la rue du Gros, à Rouen, déjà vidé de tous ses livres, le pire et le meilleur qu’on y trouvait. Le meilleur, parfois, du côté des livres d’art, au hasard des déstockages d’éditeurs. Le pire, souvent, best-sellers et tutti. Deux ou trois fois par an, j’y faisais de bonnes découvertes.
De son côté, la Fnaque envisage, paraît-il, de déménager son magasin de l’Espace du Palais vers une zone commerciale de type Barentin ou Tourville-la-Rivière et, si j’en crois quelqu’un se disant bien informé, l’indépendante Armitière est mal barrée.
Chez les bouquinistes, peu de ventes mais beaucoup de propositions de particuliers désireux de se débarrasser de leurs ouvrages. Comme me disait l’un d’eux, en début de semaine : « Le problème n’est pas d’arriver à ce que les gens me proposent leurs livres, c’est de les empêcher de me les apporter. »
Pour en revenir à la boutique Maxi Livres de la rue du Gros, qu’est-ce qu’elle va devenir ? Eh bien, un magasin de jeux vidéo, bien sûr.
Par michel perdrial
0
-
Recommander