Expositions

Jeudi 7 décembre 2006

Depuis le dix-huit octobre, et jusqu’au vingt-trois décembre, la galerie photo du Pôle Image de Haute-Normandie, rue de la Chaîne à Rouen, présente des photos de Jacob Holdt.

Jacob Holdt, une belle image lui-même, celle d’un beatnik des années soixante-dix, chevelu et barbu, quittant le Danemark, parcourant les routes des Etats-Unis, vendant son sang pour survivre et photographiant avec l’appareil offert par son père tous les exclus du rêve américain, essentiellement des familles noires évidemment,  sur fond de guerre du Viêt-Nam.

Ce sont ces images terribles, violentes et effroyablement tristes que l’on peut voir rue de la Chaîne, des images que Jacob Holdt présentait lui-même le dix-huit octobre dernier, inchangé, chevelu, une tresse dans la barbe, fidèle à tous ceux qu’il a photographiés il y a plus de trente ans, capable de raconter la vie de chacun d’eux, des destins tragiques le plus souvent, des images que j’ai vues plusieurs fois et dont je n’oublierai pas certaines.

Par michel perdrial
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Dimanche 7 janvier 2007

Légère ivresse à l’arrivée au musée des Beaux-Arts, un drapeau tricolore en noir et blanc flottant au dessus de la porte d’entrée, cela dû à Bertran Berrenger et non aux effets de l’alcool, quelques Rouennais se sont plaints; Albert (tiny), maire, a tenu bon.

Un peu de subversion donc en exposition temporaire, sous la signature conjointe Bertran Berrenger, duo de fouteurs de merde muséal, aujourd’hui l’entrée est gratuite, c’est le premier dimanche du mois.

Un petit tour dans la pseudo salle d’attente de gare où ne sont affichés que des trains annulés ou en retard, un bonjour à la fausse immobiliste dont la sébile s’emplit de pièces, voici maintenant l’immense tableau de Jules-Alexandre Grün Un vendredi au Salon des Artistes français présenté à l’envers. Dans les salles voisines, un mur d’escalade tout à fait grimpable, un téléviseur tourné vers le mur, une série de photos d’agents du musée une lampe torche dirigée vers le visage, un siège sonore composé d’enceintes acoustiques, on y peut tenir à deux..

A l’étage, deux vidéos musicales, joueur de guitare sans guitare et pianiste avec piano sur monte-charge, un cube suspendu composé de six tableaux de l’Ecole de Rouen, signés Charles Fréchon, Henri Vignet, Paul Mascart et Robert-Antoine Pinchon, la meilleure présentation que l’on puisse faire de ces croûtes locales, et un autre cube, posé sur le sol, fait de tableaux de classe, des craies à la disposition des visiteurs, c’est la moment de laisser un message significatif: « Vive la galette et vive le Chardonnay » accompagné d’un cœur où se nichent deux initiales.

Par michel perdrial
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Samedi 13 janvier 2007

Accrochage consacré à Jean-Yves Auregan à la galerie Duchoze, visible jusqu’à la fin de février. Vernissage hier soir en assez petit comité. L’artiste au crâne luisant salue ses amis et connaissances de manière joviale et chaleureuse. Aux murs, ses œuvres pleines de matière dont il faut s’éloigner pour en percevoir le sujet, de la peinture à prendre avec du recul. Une belle série de crânes, une figure christique attirante, une série dont chaque élément est intitulé Tournesol ou bien oreille de Van Gogh, quand l’auteur ne sait pas lui-même s’il s’agit d’un tournesol ou d’une oreille, il faut se garder de trancher.

Trois hommes se concertent avant d’aborder Jean-Yves Auregan. L’un d’eux émet l’avis qu’il est toujours instructif de discuter de ses œuvres avec un artiste. Bien longtemps que je n’ai plus envie de m’instruire. Et quant à aller trouver le peintre, la seule question qui me vient en tête étant : Est-ce qu’en peinture, l’expérience est un peigne pour les chauves? mieux vaut ne pas la lui poser.

Par michel perdrial
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Vendredi 19 janvier 2007

Vernissage de l’exposition de la photographe et vidéaste Manuela Marques à l’école des Beaux-Arts de Rouen. Artiste portugaise, Manuel Marques, robe verte et lunettes, se promène dans la salle où sont exposées ses photos sombres. Dans la salle voisine, obscurcie, sont diffusées ses vidéos. Sur un mur: une main aux doigts hypertendus frôlant longuement un parquet, sur un autre: un courant fluvial ininterrompu. Comme l’écrit un critique : Manuela Marques oblige le spectateur à s’interroger sur ce qu’il voit.

Je ne m’interroge pas longtemps pour trouver ce que je vois totalement dénué d’intérêt et incommensurablement ennuyeux. Les beauzarteux et beauzarteuses présents contemplent cela en silence, l’une d’elles m’apprend qu’ils sortent de trois heures de rencontre avec l’artiste. On comprend qu’ils soient un peu assommés.

Sans attendre le verre de cidre accompagné de biscuits apéritifs au goût de carton que l’on offre lors des vernissages à l’école des Beaux-Arts, je me jette dans la tempête qui souffle depuis le matin, heureusement je n’habite pas loin. 

Par michel perdrial
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Mardi 23 janvier 2007

Vernissage de l’exposition Clinic au Pôle Image, hier soir. Trois photographes traitant du portrait. Trois moments de la vie à l’hôpital. Naissance, accident, sénilité. Un parcours sans issue, clinique.

Charles Fréger (France) pour la naissance. Présent, retour du Japon, vêtu et tondu à la samouraï, rougissant quand on parle de lui. Ses photos montrent des élèves sages-femmes, debout face à l’objectif, vêtues d’un tablier de boucher, dans la salle de travail (comme on dit), cela ne donne pas vraiment envie de renaître.

Stefan Ruiz (Etats-Unis) pour les urgences. Ses photos prises au Céhachu de Rouen montrent des soignants et des blessés, souvent de trois quarts, sur fond blanc. Quiconque a déjà mis les pieds dans ce service hospitalier sait qu’on s’y sent peu de chose.

Peter Granser (Allemagne) pour la sénilité. Ses photos montrent des visages de vieillards atteints de la maladie d’Alzheimer, le regard vide, dans une lumière blanche. La vie comme elle peut se terminer quand on n’a pas de chance.

Présence et discours des divers commissaires d’exposition et de Valérie Fourneyron, conseillère régionale socialiste, chargée de la culture. Cette dernière ressemblant étonnamment à celui qui nous sert de président quand elle parle, mimique, intonation, gestuelle. Une sorte de déformation professionnelle sans doute.

Croisant une connaissance, pas vue depuis longtemps, je lui demande : Qu’est-ce que tu deviens ? Comme réponse : Je travaille toujours à la Grand Mare, etc. Je ne m’habituerai jamais à cela, on demande à qui que ce soit où il en est dans la vie, dans ce parcours sans issue, et il vous parle de cette chose sans intérêt : son travail.

Par michel perdrial
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Vendredi 9 février 2007

            Petite visite à la galerie parisienne Templon, rue de Beaubourg, attiré par le titre de l’exposition de l’artiste flamand Jan Fabre (jusqu’ici connu de moi uniquement pour son activité de chorégraphe) : Les Messagers de la mort décapités. J’apprends à cette occasion que ledit Jan Fabre est le petit-fils de l’entomologiste Jean-Henri Fabre et cela se voit : Les Messagers de la mort décapités, étant les têtes agrandies de rapaces nocturnes, coupées et posées (entourées chacune d’une corolle de plumes) sur une longue table recouverte d’une nappe en dentelle de Bruges, des têtes munies d’yeux en verre destinés aux humains et qui vous regardent tranquillement. Dans la salle voisine, deux Sculptures de larmes, moulages en plâtre blanc du corps nu de la compagne de Jan Fabre, percés de poinçons, de couteaux et de haches. Un peu plus loin, le Carnaval des chiens errants morts, une installation de la taille d'une pièce entière qui associe des cadavres de chiens empaillés, des mottes de beurre, des paillettes et des guirlandes, carnaval qui a mal tourné, référence aux scènes de fêtes de l’art flamand, au Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, un mélange de macabre et de comique qui fait penser aussi à James Ensor. Les titres des œuvres m’ont bien plus fait rêver que les œuvres elles-mêmes.

Par michel perdrial
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Mardi 20 février 2007

            Courte visite à l’Ecole des Beaux-Arts rouennaise qui présente dans sa grande galerie un échantillon des reproductions réalisées par l’atelier parisien Michael Woolworth, première salle en noir et blanc, deuxième salle toute en couleur, je préfère la première parce qu’on y trouve pas mal d’oeuvres figuratives et j’aime bien qu’on me raconte des histoires.

            Petite sélection toute personnelle : Winter Breathing : bulbes fleuris de Jim Dine, Premier et deux juillet deux mille deux : bizarres oiseaux de Vincent Corpet,  Soudain l’été dernier : silhouettes en maillot de bain de Marc Desgrandchamps, Who is Blake ? silhouettes noires de Jaume Plensa, Sans titre : gisants à poing levé de Djamel Tatah et La bombe de Stéphane Penréach : deux bombes en réalité, l’une atomique et l’autre sexuelle.

            Toute la jeunesse du lieu était là, un petit verre à la main, les fumeurs dehors (ce qui nuit à la découverte des œuvres exposées), il y avait même le Petit Chaperon Rouge.

            En sortant, arrêt devant la vitre de la petite galerie, rue Martainville, où la vidéaste Sophie Roger appuie son échelle sur L’Enfer de Dante et finit par chuter. Comme souvent à cet endroit et dans ce domaine, le plus intéressant c’est la tête des passants qui se demandent ce qui se passe là dans la vitrine : "T’y comprends quelque chose, toi ?"

Par michel perdrial
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Jeudi 22 février 2007

            Début d’après-midi au Fraque, en compagnie d’une ribambelle de lycéennes et lycéens, tout le monde est là pour Bernard Plossu et ses centaines de photos prises dans les années soixante-dix et même jusqu’à quatre-vingt-cinq, à l’ouest des Uhessas. Des photos noir et blanc présentées pour la première fois dans leur ensemble sous le titre So Long (Vivre l’Ouest américain), photos qui m’apprennent de cette Amérique tout ce que je sais déjà, que je connais sans y être jamais allé, cela avec pas mal de talent, ce qui lui vaut plein de bonnes critiques à Bernard Plossu, plusieurs pages sur cette exposition dans L’œil de ce mois par exemple. On sent bien que Bernard regarde cela de l’extérieur, rien à voir avec les photos datant de la même époque signées Jacob Holdt vues il y a quelque temps au Pôle Image, Jacob payant sacrément de sa personne.

            Sur grand écran, un film où l’on suit Bernard Plossu en pleine pratique dans les bus marseillais. D’une voix douce et sereine, il parle de ses voyages et de ses photos et se définit comme un photographe féminin. Il a l’air vraiment sympathique. On le croiserait qu’on aurait envie de lui parler.

            « Je suis convaincu que la photographie est une forme d’expression littéraire… » déclare-t-il dans la revue Lisières Vingt et Un. J’écoutais ce matin Franck Horvat au micro de Francesca Isidori dans Les affinités électives de France Culture, il disait exactement la même chose.

Par michel perdrial
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Vendredi 2 mars 2007

            Une vernissage en deux temps pour les deux gardiens de nuit du musée Gustave Moreau, Alain Sonneville et Pierre-Claude De Castro qui montrent leurs Appendices jusqu’au vingt mai deux mille sept au musée Flaubert et d’Histoire de la Médecine et au musée des Beaux-Arts de Rouen.

            Alain Sonneville et Pierre-Claude De Castro font ça à deux depuis dix ans et l’un de leurs plaisirs, sorte de déformation professionnelle, est de dormir dans les musées, ce qui permet d’échapper à l’hôtel lorsqu’on voyage. Evidemment, il faut apporter son lit pour pratiquer ce qu'ils appellent plaisamment une contre-performance. Les deux leurs sont en bonne place au musée Flaubert et de l’Histoire de la médecine, musée double lui aussi. Deux lits pliants à roulettes recouverts de splendides couvertures écossaises, tout à fait le style vieux garçons, Bouvard et Pécuchet. Des lits munis pour la circonstance d’électrodes car le sommeil des deux garçons a été analysé par les médecins et enregistré sous la forme d’un hypnogramme, graphe qu’un logiciel approprié a transformé en une petite musique de nuit sobrement intitulée Nocturne qui sonorise maintenant le musée.

            D’autres œuvres doivent tout à la radiographie, sous la forme de vidéos : ce sont les Films Ixe que l’on peut voir grâce à de petits moniteurs disposés un peu partout dans les vitrines, et sous la forme de photos. Quelques titres pour donner envie : Vis-à-vis, d(os) à d(os), La mort de rire, Pompes funèbres (une très belle radiographie des pieds des artistes dans leurs chaussures).

            Dans un placard, Emma Ixe femme multiple récite à plusieurs voix un extrait du roman le plus célèbre de Gustave.

            Je profite de tout cela à grand peine car il y a foule dans les petites salles, il faudra revenir.

            La suite se déroule une heure plus tard au Musée des Beaux Arts où l’on est encore plus nombreux, les fainéants n’ayant pas eu le courage d’aller chez les Flaubert ne voulant pas manquer le buffet.

            Alain Sonneville et Pierre-Claude De Castro fendent timidement la foule pendant que s’exprime Laurent Salomé, directeur des musées de Rouen. Ici se trouvent deux œuvres des deux loustics : une nouvelle vision de L’Origine du monde de Courbet, qui en montre encore plus grâce à un hologramme lenticulaire, et une série de photos issues de diapositives prétendument oubliées dans un grenier et rongées par de prétendus microorganismes, les paysages plus beaux que ceux d’origine qui en auraient résultés sont ici exposés cependant que les prétendus microorganismes sommeillent dans un incubateur bien réel. Laurent Salomé invite la foule à jeter également un œil sur l’exposition consacrée à Alain-Guillaume Démarest, cousin d’André Gide, dont on montre les œuvres, dans une autre salle, sous le titre La morosité délectable, exposition pour laquelle aucun vernissage n’est prévu, « ce peintre étant mort depuis longtemps ».

            Une bonne partie de la foule préfère se jeter sur le champagne et les petits fours offerts par le Céhachu, partenaire privilégié d’Appendices, l’hôpital au service de l’art ça se fête. Les cheveux gris font alors preuve d’une pugnacité à toute épreuve pour s’emparer des amuse-bouches à l’indignation de quelques jeunes gens affamés que j’invite à un peu de retenue :

            -Soyez indulgents avec les vieux, c’est peut-être leur dernière exposition.

Par michel perdrial
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Samedi 3 mars 2007

            Un peu en avance hier soir pour le vernissage de l’exposition Jean-Michel Solvès chez Duchoze. Je referme mon parapluie sous le porche au moment où Daniel Duchoze sort de sa galerie.

            Je lui dis bonjour et il me répond qu’il va chercher de l’eau puis me confie, à moi qu’il ne connaît pas, dont il ignore tout des activités, avec juste l’envie de passer ses nerfs :

            -C’est fini la galerie, C’est vendu. Terminé les vernissages où il me faut nourrir trois cents personnes et où il n’y a plus rien à manger quand arrivent mes vrais clients, ceux qui me font vivre. Je suis un privé moi. Je n’ai pas de subventions ; Alors c’est fini, j’en ai marre, j’arrête. C’est signé. Le nouveau propriétaire prendra possession des lieux en juin. Je garde juste la petite galerie à côté pour les vrais clients. Soixante-cinq ans, il est temps de se mettre en semi-retraite.

            Il file chercher son pack d’eau. Arrive celle que j’attends à qui j’apprends la nouvelle. Ça nous attriste, on aime tellement les vernissages chez Duchoze. Celui d’aujourd’hui et encore deux ensuite et c’en sera terminé, la seule véritable galerie d’art de Rouen sera en demi-sommeil.

            Ce jour, pas énormément de monde, bien moins que trois cents personnes, en raison des vacances et puis les oeuvres de Jean-Michel Solvès, empreintes à l’africaine et sculptures en terre cuite sur le même thème, munies de bougies chauffe-plat, pas très intéressant, décoratif, sans véritable raison d’être.

            Peu importe, on est bien dans le profond canapé, à observer les déambulations des vernisseurs, parmi lesquels une très jolie jeune fille asiatique.

            Hélas, plus de cendrier sur la table basse, constate celle qui m’accompagne. La loi médico-puritaine s’exerce ici aussi. Les fumeurs sont contraints d’aller se livrer à leur plaisir sous le porche.

            Voici qu’arrivent les cubes de vin et les saladiers colorés, l’heure de la dînette a sonné et comme le dit une ex-responsable de l’ancienne librairie L’Armitière « il faut en profiter, c’est bientôt fini. »

            Du piano, sis dans la réserve au milieu de centaines de toiles de dizaines d’artistes qui vont bien regretter la mise en veilleuse de la galerie, proviennent quelques notes, nous nous approchons. Au clavier se trouve la jolie jeune fille asiatique, couvée du regard par celle qui doit être sa mère adoptive.

            -Je peux ? demande timidement  la demoiselle.

            -Oui, lui dis-je, vous avez le public alors il faut y aller.

            Elle se lance, et nous éblouit du brio avec lequel elle joue.

            -Vous avez vu, elle ne demandait que ça, nous dit la maman. Un petit verre de vin, ça aide bien.

            D’autres vernisseurs arrivent, attirés par la mélodie, et entourent le piano. La pianiste d’un instant achève sa prestation sous les applaudissements.

            Dire que bientôt on ne pourra plus jamais vivre des moments comme celui-là.        

Par michel perdrial
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