Je viens de garer ma voiture dans l’île Lacroix. J’avise une Renault Cinq couleur jaune Poste décorée de peintures baba coule (flowers, love, etc) et d’autocollants des années soixante-dix (nucléaire, non merci). Elle est immatriculée dans le Cantal. Je suis là à me souvenir de la Méhari dans laquelle je roulais à cette époque, elle aussi couverte d’autocollants (antinucléaires et antimilitaristes), quand je suis interpellé par quelqu’une qui me dit bonjour.
C’est une ancienne élue de la majorité municipale d’Albert (tiny) qui habite l’île. Je la connais pour l’avoir pratiquée dans des Conseils d’Ecole, sympathique au demeurant, se contentant de prendre des notes et de transmettre à qui de droit. Les réponses aux demandes de l’école venaient plus tard, négatives en général, avec comme argument : plus d’argent dans les caisses.
Je lui explique mon plaisir à voir cette voiture qui m’en rappelle bien d’autres, dont la mienne d’alors.
-On ne sait pas à qui elle est, me répond-elle. Elle est là depuis un certain temps.
-A la même place ?
-Non, elle change de place. Comme la vôtre puisque vous faites aussi partie de ceux qui viennent ici pour y garer leur voiture.
-Oui c’est vrai, je profite de l’hospitalité de la commune libre de l’île Lacroix.
-La commune libre, la commune libre, il n’y en a qu’un ici qui parle de commune libre ! s’exclame-t-elle.
- C’est possible, je ne sais pas, mais j’en suis quand même un citoyen d’honneur.
Elle hausse les épaules et disparaît dans son immeuble.