Lundi 12 novembre 2007
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A vrai dire, je ne suis rien moins sûr d’avoir quelque talent qui me fasse lire. Je trouve quelquefois beaucoup de plaisir à écrire, voilà tout. écrivait Stendhal, cité par Paul Léautaud dans le volume deux de Passe-temps, un propos que je fais mien ce jour pour le premier anniversaire de ce Journal de Bord, ouvert le onze novembre deux mille six. Ce plaisir d’écrire, en un an, et bien que je sois de temps à autre en vacances loin d’un ordinateur, m’a fait mettre en ligne, ici, quatre cent vingt-trois billets (j’emploie ce mot faute de mieux).
Au fil des semaines, le nombre de celles et ceux qui me lisent augmente. Cela m’encourage à continuer (tant que le plaisir est là). La semaine dernière, mon lectorat fluctuait entre cent vingt-deux et cent quarante-neuf personnes selon les jours. Aujourd’hui, je sais qu’il sera supérieur grâce à l’effet « Manif de droite à Rouen », mon billet du jour ayant été signalé ici et là dans la blogosphère. Je profite de cette occasion pour remercier Grand Rouen, Albertinon, Le Petit Docteur et les autres, qui ponctuellement invitent à me lire.
Qui sont mes lecteurs et mes lectrices ? J’en connais quelques-un(e)s, rencontré(e)s ici ou là, mais j’ignore tout de la plupart d’entre elles et eux. Je pense qu’il y en a un certain nombre de la région de Rouen bien que je n’écrive pas spécialement pour un public local. J’espère être également lu par des francophones au Chili, en Australie ou en Croatie. Comme j’utilise une formule d’hébergement gratuite et sans publicité, la maison Over-blog ne me fournit que des statistiques succinctes qui ne me permettent pas de le savoir. Et peu de mes lectrices ou lecteurs me contactent.
Les deux derniers messages que j’ai reçus sont de nature bien différente.
Ce matin, c’est un mail de l’association organisatrice du festival Chant d’Elles :
« Cher Michel,
Il n'est point de grand projet sans imprévus, retards et agacements divers et variés...
A la lecture de votre "persiflage" au sujet de notre festival, je vous propose une invitation au beau concert d'Emily Loizeau.
Vous pourrez retirer votre place, le soir même, à l'accueil du Centre Marc Sangnier. J'espère que cette proposition réhabilitera à vos yeux l'image de Chants d'Elles, un festival courageux, original, fort de ses valeurs humaines.
Très bon spectacle.
Martine Giraud
présidente de l'association "A Travers Chants" »
Cela part d’un bon sentiment bien sûr mais ne correspond en rien à mon attente. Je souhaite juste avoir autant de chance que les autres d’obtenir une place aux concerts qui me tentent. Il ne s’agit pas pour moi de passer devant autrui et sans payer en plus. Le concert d’Emily Loizeau aura bien lieu sans moi, j’espère la retrouver ailleurs dans la région bientôt.
Jeudi dernier, c’est un mail d’une lectrice ayant bien connu Robert Tatin. Elle me confie qu’elle a eu le même sentiment que moi lorsqu’elle est retournée sur les lieux où elle l’a côtoyé de son vivant (étudiante à l’Ecole des Beaux-Arts de Lille, elle passait ses vacances avec d’autres à aider l’artiste à confectionner ses œuvres monumentales). Elle me dit notamment, à propos des jeunes conférencières envahissantes d’aujourd’hui : « Quand je me suis retrouvée dehors dans l'Allée des Géants, j'ai pensé 'mon pauvre Tatin, qu'est-ce qu'elles sont cruches', et je me suis éloignée pour avoir la paix. » et me raconte un peu comment cela se passait avec Robert au hameau de la Frénouse à Cossé-le-Vivien : « Nous étions ses oeuvriers, nous montions les socles des statues avec Liseron (sa femme Lise), nous coupions le grillage qu'il modelait sur les tuyaux de béton. Une fois la structure prête, nous attaquions le béton: un tas de sable et ciment, de l'eau et une bonne pelle en main. J'en ai fait des brouettées! Liseron grimpée sur un échafaudage gâchait le ciment sur le grillage sous les yeux de Tatin, et soudain il mettait la main à la pâte et façonnait la statue. Une fois terminée, celle-ci séchait, puis il la peignait, projetant la peinture à l'aide des gros pinceaux; tous ses gestes avaient une importance calculée. »
« Merci d'avoir ainsi réveillé le chat qui dort et pensé sur papier ce que j'ai pensé au coeur de moi. » conclut-elle après m’avoir révélé l’un des conseils que lui donnait Tatin : « Tu vois petite, il faut savoir regarder ».
Savoir regarder, c’est aussi ce que j’essaie de faire chaque jour.