Ordre moral

Mardi 21 novembre 2006 2 21 /11 /2006 16:56

Six ans après le début de l’instruction, les responsables de l’exposition bordelaise d’art contemporain Présumés Innocents mis en examen au nom de la protection des mineurs, le sort des artistes exposés restant en suspens.

C’est la suite de la plainte d’une de ces associations bien pensantes qui s’érigent en protecteurs de la jeunesse. Encore un triste exemple du nouvel ordre moral qui s’étend chaque jour davantage par la malfaisance de ceux qui méconnaissent totalement la liberté, la jeunesse et les artistes.

Ignorants qui dans leur plainte initiale avaient inclus des artistes déjà morts...

Par michel perdrial - Publié dans : Ordre moral
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 09:11

Toujours ce sale climat liberticide. Voici maintenant les deux commissaires de l’exposition Présumés Innocents mis en examen pour «corruption de mineurs par exposition de documents portant atteinte à la dignité des enfants», en attendant le tour des artistes dont les œuvres figuraient dans cette exposition, il y a six ans, à Bordeaux, ville championne pour le bagage culturel de ses juges, capables d’alerter Interpol pour rechercher et interroger Robert Mapplethorpe, mort en mil neuf cent quatre-vingt neuf.

Après les artistes, ce sera peut-être le tour des écrivains d’être l’objet d’une plainte d’association bien pensante. Signalons tout de suite aux futurs enquêteurs que le Marquis de Sade, dont les livres sont en vente libre et accessibles aux mineurs dans toutes les Fnaques, est décédé le deux décembre mil huit cent quatorze.

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Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /2007 19:14

            J’apprends par le biais de la Lettre Imagine Rouen qu’un professeur de lettres du lycée Le Corbusier de Saint-Etienne-du-Rouvray vient d’expérimenter ce qu’il en coûte d’être à la fois enseignant et homosexuel.

            Voici ce qu’explique de cette affaire le Centre Gay et Lesbien de Paris :

            « Lors de la réunion préparatoire de rentrée, le proviseur de l'établissement aurait informé l’assistance que l'un des professeurs de français de l'an dernier, avait quitté l'établissement "de son plein gré" et que "toute rumeur le concernant sera sévèrement réprimandée par l'administration"

            Ces propos auraient suscité la consternation au sein de l'assistance, aucun enseignant n'ignorant que le professeur de français absent - qui n'avait jamais caché son homosexualité - avait fait l'objet d'une lettre de dénonciation anonyme de la part d'une collègue de travail au nom de la morale.

            Au départ de l'affaire, des élèves sont parvenus à se connecter sur un site Internet de rencontres pour adultes homosexuels, y ont trouvé le profil de leur enseignant, avec une photo où on le voit nu de dos. A partir de cette "découverte", ils ont mis au courant certains enseignants et l'un d'entre eux a adressé une lettre à sa hiérarchie qui a déclenché le processus de sanction. »

            « Ce site Internet n'est pas interdit, il est réservé aux adultes consentants qui doivent créer un compte pour s'identifier, signale le Centre Gay et Lesbien de Paris. Les parents n'ont pas activé le contrôle parental sur les ordinateurs de leurs enfants, sinon, ils n'auraient jamais pu accéder aux profils des internautes inscrits. »

            « Les enfants, leurs parents et les enseignants complices ont attenté à la vie privée du professeur de français, mais pire encore, comme cet enseignant est homosexuel, il fait l'objet d'une sanction pour motif d'immoralité et se retrouve muté dans un autre établissement, soi-disant de sa propre initiative, ajoute Christine Le Doaré, présidente du Centre Gay et Lesbien de Paris. En réalité, le professeur a été convoqué au rectorat de Rouen où lui a été proposée une mutation qu’il a dû accepter afin d'éviter le risque d'être frappé d'une mesure disciplinaire. Cette manière de faire constitue une pression administrative caractérisée. »

            «Si les élèves avaient trouvé un profil de leur enseignant sur un site de rencontres hétérosexuelles que se serait-il passé ? Probablement rien, rigolades, complicités et puis c'est tout », suggère le Centre Gay et Lesbien pour qui l'affaire relève bel et bien d'une forme d'homophobie.

            Dénoncé anonymement par un de ses collègues (comme ils disent), sanctionné par sa hiérarchie (bien que la loi interdise la discrimination homophobe sur le lieu de travail), tel est le sort du professeur homosexuel.

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Vendredi 18 avril 2008 5 18 /04 /2008 12:35

            Choquer les Bordelais(e)s (et les autres) est décidément bien facile.

            Dans les années soixante, quand y vivaient Pierre Molinier et Jean-Pierre Bouyxou, il fallait néanmoins le vouloir.

            Jean-Pierre Bouyxou, dans une entrevue parue dans Chronic’art et reproduite par L’En Dehors (quotidien anarchiste en ligne), raconte sa vie là-bas à cette époque:                    
             « Mon parcours personnel est passé, vers quinze seize ans, par la découverte du surréalisme, de l'anarchie, de l'internationale situationniste, le lettrisme. Il y a plein de choses que j'ai pris sur le blair en quelques années. Toutes les avant-gardes, y compris celles qui étaient au présent et qui étaient des avant-gardes politiques. Puis, j'ai fait des rencontres importantes, de gens qui vivaient différemment. Pierre Molinier, quand je l'ai rencontré en mil neuf cent soixante-cinq à Bordeaux, tu te prenais une claque ! Ce mec vivait de façon absolument libre et il avait soixante-cinq ans ! Quel phare ! Il me démontre alors qu'il est possible de vivre différemment, sans vivre le mode d'emploi qui m'est imposé. Donc j'arrête tout, et puis on verra. Il n'est plus question de bosser. Une autre rencontre importante a été Jean-Jacques Lebel, avec qui j'ai participé à des happenings, notamment celui du festival Sygma à Bordeaux en mil neuf cent soixante-six. Nous étions habillés en costume-cravate et après un long cérémonial, on a chanté la Marseillaise en battant la mesure sur les fesses nues de deux jeunes femmes. C'était suffisant à l'époque, même dans un festival d'avant-garde, pour foutre une merde incroyable ! »

            Aujourd’hui, il n’est plus besoin de le vouloir pour choquer.

            Il y a peu, Bordeaux s’est fait remarquer par la plainte d’une association bien pensante contre les commissaires de l’exposition Présumés innocents avec poursuites annexes contre certain(e)s artistes, dont plusieurs mort(e)s depuis longtemps. Un non-lieu a finalement été prononcé par le juge.

            Maintenant, ce sont six photos de Christian Delécluze qui ont été enlevées de l’exposition Humain, très humain, organisée au Musée d’Aquitaine. Elles ont été décrochées à la demande du directeur du Musée lui-même, suite aux réactions défavorables de certain(e)s employé(e)s du lieu, puis finalement remises en place, après le vernissage, suite aux protestations des autres photographes exposé(e)s (dont Denis Darzacq, bien connu à Rouen, qui, lui, a préféré ôter ses photos et partir).

            Que voit-on sur ces images dangereuses ? Des pères nus posant avec leur fils nu ou habillé.

            Je les trouve très suspects, ces censeurs qui obligent chacun et chacune à regarder le monde comme ils le font, c'est-à-dire avec des yeux de pédophile.

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Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /2008 12:12

            Les Quatre Cents Culs, le sexe blog que publie Agnès Giard via le site de Libération, m’apprend que Philippe Pissier a des ennuis. En juin deux mille huit, invité à participer à une exposition de mail-art érotique en Allemagne, il envoie quatre cartes postales représentant le buste dénudé d’une jolie jeune femme dont chaque sein a le téton agrémenté de pinces à linge.

            « Saisi d’une vertueuse indignation, écrit Agnès Giard, le centre de tri postal porte immédiatement plainte. » et la substitut du procureur de la République de Cahors ordonne une enquête préliminaire.

            Philippe Pissier est convoqué à la gendarmerie et apprend qu’il est passible de trois ans d’emprisonnement et de cent soixante-quinze mille euros d’amende pour trouble à l’ordre public et mise en danger du psychisme des enfants par une oeuvre pornographique.

            Il proteste: « Je suis majeur, les employés du centre de tri postal sont majeurs, le facteur est majeur et le destinataire est majeur. Je ne vois pas où est le problème. »

            Le trois juillet, une perquisition a lieu à son domicile. La brigade de recherche de Cahors emporte son ordinateur et quelques dizaines de ses oeuvres. Depuis, Philippe Pissier, privé de son outil de travail, attend de savoir ce que la justice française lui réserve.

            Philippe Pissier, je le connais par ses très belles Lettres à Lilith, publiées il y a dix ans aux Editions Under-Black-Blockhaus-Résistance, des lettres d’amour écrites après la mort de Diana Orlow, alias Lilith von Sirius, décédée à l’âge de vingt-six ans, le trente mars mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept à Hambourg. Nous nous sommes écrit à cette époque. L’une de mes lettres figure au sommaire de l’ouvrage intitulé Lettres à Lilith, Courrier.

            Et de Diana Orlow (Lilith von Sirius), je possède dans ma bibliothèque les textes publiés à Rouen par les Editions On @ Faim de Jean-Pierre Levaray (Prêtresse de Babalon, Human Woman with Human Feelings, Courtisane de luxe et Diary 1995) ainsi que Contrat d’esclavage publié à Caen par les Editions Cahiers de Nuit de Serge Féray.

            Ce qui arrive aujourd’hui à Philippe Pissier est lamentable et illustre bien la dégringolade actuelle.

            Sous le titre ironique « Un dangereux artiste démasqué dans le Lot », le journal local L’Echo s’interroge dans son numéro du onze septembre : « Si une telle image mobilise à ce point les forces de l’ordre, à quoi doivent s’attendre les maisons de la presse, kiosques à journaux, galeries de peinture et musées, où la nudité dépasse souvent abondamment la mise en image d’une paire de seins, même ornée de pinces à linge. »

            Agnès Giard suggère à chacun(e) d’envoyer au tribunal de Grande Instance de Cahors une carte postale représentant Gabrielle d’Estrées, ce chef-d’œuvre de l’Ecole de Fontainebleau, montré au Louvre, où l’on voit la belle Gabrielle se faire pincer un téton par sa sœur : « La Poste portera-t-elle plainte contre vous? Les gendarmes viendront-ils perquisitionner à votre domicile? L’enquête prendra-t-elle un an? ou deux? Récupérerez-vous votre ordinateur en état de marche après avoir purgé votre peine? »

            Encore une fois, je constate que plus le désordre est économique et plus l’ordre est moral, et je sais où ça mène.

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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 /10 /2008 13:19

            Ce mercredi matin, sur France Culture, j’écoute Métropolitains, l’émission de François Chaslin. Parmi les invité(e)s, deux architectes : Jean-Marc Ibos et Myrto Vitart, concepteurs de la Médiathèque André Malraux de Strasbourg, inaugurée le dix-neuf septembre par la gauche locale portée aux affaires municipales lors des dernières élections, voulue auparavant par la droite locale alors au pouvoir. Serait-ce que les socialistes de Strasbourg ne pensent pas, à l’exemple de leurs collègues rouennais(e)s, qu’« Aujourd’hui, la page des cathédrales de livres est tournée » ?

            Pas sûr : Roland Ries, nouveau maire, indique dans Le Monde que là-bas aussi « l'ère des grands projets touche à sa fin ». Les Strasbourgeois(e)s ont seulement la chance que les travaux de leur Médiathèque soient allés plus vite que ceux de celle de Rouen (aujourd’hui défunte).

            Huit départements répartis sur six niveaux, onze mille huit cents mètres carrés, cent soixante mille documents, vingt kilomètres de rayonnage, trente-cinq mille cédés et dévédés, près de mille places assises, voilà ce qui s’offre à ces veinard(e)s.

            Me promenant sur le Net pendant que j’écoute France Cul, j’en apprends une bien bonne (comme on dit) à propos de cette Médiathèque André Malraux. A l’initiative des graphistes du cabinet Ruedi Baur, des citations d’auteurs (Michel Butor, Peter Handke, Antonin Artaud, et cætera) ornent les murs et le sol des couloirs à fin de signalétique. Pour indiquer la porte des toilettes « Messieurs », ces graphistes ont choisi un extrait de Rigodon de Louis-Ferdinand Céline Je vous laisse en plan et mes comics... Vite, mes oignons, que je vous retrouve! Par ici, Mesdames et MESSIEURS... Encore deux mille pages au moins!

            Cette citation a été effacée avant l’inauguration. Selon les Dernières Nouvelles d'Alsace, c’est le maire de Strasbourg lui-même: Roland Ries, socialiste, par ailleurs agrégé de lettres, qui a « fait procéder à la suppression de la citation » à la demande du sociologue Freddy Raphaël, ancien doyen de la faculté des sciences sociales, au motif, a dit le maire, que « ce n'est pas le moment de réveiller de vieux démons ».

            Lesquels, je pense, dorment dans les toilettes. La censure, quant à elle, ne dort pas et se répand partout en ce début de vingt-et-unième siècle, comme en d’autres temps la vérole.

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Lundi 3 novembre 2008 1 03 /11 /2008 09:19

            A mon retour de vacances, l’un de mes lecteurs m’apprend qu’un autre artiste vient d’être victime du moralement correct.

            Cela se passe à la Foire Internationale d’Art Contemporain (Fiac). Les douaniers sont sur place pour faire leur travail de douanier et aperçoivent les photos d’Oleg Kulik. Ils préviennent le Parquet (de quoi je me mêle ?) qui envoie les policiers décrocher certaines, jugées pornographiques et zoophiles.

            « Les photographies ont été soustraites à la vue d'un public non averti, notamment les mineurs », disent les autorités judiciaires.

            Pour faire bonne mesure, les propriétaires de la galerie moscovite XL, Elena Selina et Serguei Khripoun, sont emmenés au commissariat du huitième arrondissement avec les photographies de Kulik. Ils n’en ressortent qu’à vingt et une heures, après que Martin Bethenod, directeur de la Fiac, se fut rendu à leur secours.

            Lequel déclare : « Ces images ont un statut artistique incontestable puisqu'elles sont montrées, achetées, présentées, éditées depuis les années mil neuf cent quatre-vingt-dix », des propos que je trouve pour le moins maladroits.

            Finalement, les œuvres d’Oleg Kulik sont restituées aux organisateurs.

            Ce genre d’évènement ne se passe donc pas qu’en province et la protection des mineur(e)s sert à chaque fois d’alibi. Des mineur(e)s à qui il était loisible l’été dernier d’acheter, dans toutes les Maisons de la Presse, le numéro spécial de Beaux Arts Magazine consacré aux grands scandales de l’art. On y trouve, page quatre-vingt-quatorze, une photo d’Oleg Kulik avec son chien.

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Mardi 19 mai 2009 2 19 /05 /2009 12:30

Il suffit d’asseoir quelqu’un(e) sur le banc d’un tribunal pour lui donner une tête de coupable, me dis-je regardant, sur le site de La Dépêche, la photo de Philippe Pissier prise le quatorze mai dernier au Tribunal Correctionnel de Cahors.

Un an d’ennuis pour une malheureuse carte postale représentant une poitrine dénudée munie de pinces à linge, c’est le sort qui est fait à l’artiste de mail-art, suite à la démarche d’un employé du service de tri postal qui est allé porter l’objet à la police (Philippe Pissier le poursuit pour viol de correspondance).

La poseuse (dont le visage n’apparaît pas), ancienne compagne de l’artiste, avait vingt ans au moment de la photo. Aujourd’hui mère de famille de trente-huit ans, elle entend se refaire une virginité et poursuit elle aussi l’artiste. Il a été facile à l’avocat de rappeler qu’à l’époque de sa folle jeunesse, cette personne était l’une des égéries de la scène sado-masochiste et qu’elle se montrait aussi bien dans L’Echo des Savanes que dans la revue spécialisée Offrande.

Enfin, Philippe Pissier s’est vu reprocher la possession d’un fusil à pompe (trouvé chez lui lors de la perquisition au cours de laquelle on lui a confisqué son ordinateur). Son avocat a dû rappeler qu’il avait les autorisations nécessaires.

Philippe Pissier bénéficie de nombreux soutiens (dont le mien). Son histoire est symptomatique du retour à l’ordre moral qui caractérise le début du vingt et unième siècle. Contre cela s’insurgent les esprits libres. On peut le constater sur le blog de l’artiste Philippe Pissier Archives et sur celui des dessinateurs solidaires Soutien Pissier.

Le Procureur de la République a demandé deux mois avec sursis, l’avocat la relaxe. Le jugement, c’est pour le vingt-huit juin.

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Mercredi 1 juillet 2009 3 01 /07 /2009 07:21

J’apprends par le site d’Europe Un que le Tribunal de Cahors relaxe Philippe Pissier dans l’affaire du sein et de la pince à linge, une histoire que j’ai déjà évoquée plusieurs fois. Je résume : il s’agit de mail-art, la Poste parle de pornographie, le procureur y voit un danger pour les mineur(e)s. D’abord, je me réjouis de cette issue, mais Philippe Pissier m’écrit que ce n’est pas aussi simple, que l’affaire continue.

Dans le même temps (autre histoire dont j’ai déjà parlé), malgré le non lieu demandé il y a longtemps par le Parquet, les trois responsables de l’exposition Présumés innocents (qui s’est tenue à Bordeaux il y a neuf ans) sont renvoyés devant le Tribunal. Si le procureur de Bordeaux ne fait pas appel, ils devront répondre des délits de « diffusion et représentation d'images et de messages à caractère violent ou pornographique mettant en scène des mineurs ou susceptible d'être vus par ces derniers ». Les trois suspects présumés innocents sont Henry-Claude Cousseau, directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Marie Laure Bernadac, commissaire de la récente exposition Picasso et ses maîtres et Stéphanie Moisdon, professeur d'histoire de l'art.

Ces atteintes à la liberté peuvent paraître peu de chose si l’on compare la situation française à l’iranienne, en écho à ce qui se passe actuellement au pays des ayatollahs. Il n’empêche que cela marque le constant regain de puritanisme qui caractérise la plupart des sociétés en ce début de siècle.

A propos de l’Iran, j’ai pris grand plaisir à lire, publié en poche chez Dix/Dix-Huit, Lire Lolita à Téhéran d’Azar Nafisi. L’auteure raconte dans ce livre comment, ayant dû démissionner de l’Université de Téhéran sous la pression des autorités, elle a réuni clandestinement dans son appartement sept de ses étudiantes pendant deux ans autour de grandes œuvres de la littérature occidentale. Parmi celles-ci Lolita qui suscite bien des débats : Mitra prend une pâtisserie et nous avoue qu’elle se pose des questions. Pourquoi des histoires comme celles de Lolita et Madame Bovary, si tristes, et si tragiques, nous rendent-elles heureuses ? N’est-ce pas un péché que d’avoir du plaisir à la lecture de telles horreurs ?

En ce qui concerne Lolita, je suis certain que le publiant aujourd’hui dans les pays dits de la liberté, Nabokov serait poursuivi pour apologie de la pédophilie, si tant est qu’il ait eu l’audace de l’écrire et un éditeur pour en prendre le risque.

Par michel perdrial - Publié dans : Ordre moral
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