Justice

Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /2007 11:13

            L’infirmière Chantal Chanel et le médecin Laurence Tramois poursuivies devant la cour d'assises de Dordogne pour avoir aidé à mourir une femme, atteinte d'un cancer terminal du pancréas, qui vomissait ses excréments, encore un sale exemple de l’inhumaine « justice » en cours dans ce pauvre pays de France, personne pour les accuser dans ce tribunal hormis les représentants de l’ordre juste, procureur et compagnie, le jury saura-t-il faire preuve de lucidité ?

            Passant outre à mon refus d’adhérer à quoi que ce soit, je fais exception pour l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité dont je suis membre depuis un grand nombre d’années, depuis que j’ai vu ma mère, atteinte d’une maladie incurable, sauvée du coma par la médecine, cette médecine dont la plupart des praticiens réussissent à être tout à la fois scientistes soumis au prétendu progrès et superstitieux soumis à la religion. Oui, ma mère qui écrivait sur son ardoise qu’elle voulait mourir et qui a été condamnée à survivre deux ans, tristement et douloureusement, ce de quoi les coupables ne seront jamais poursuivis.

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Vendredi 12 septembre 2008 5 12 /09 /2008 09:24

            Je pense à cette jeune fille, vue hier soir à la télévision, qui pleure devant la prison de Rouen. Elle vient d’apprendre brutalement que son amoureux de vingt ans, enfermé pour conduite en état d’ivresse dans la même cellule qu’un assassin, a été tué par ce dernier qui l’a égorgé avec un miroir. La prison s’appelle Bonne Nouvelle et ce n’est pas la première fois qu’il s’y passe des choses lamentables.

            Que faisait ce jeune homme dans cette cellule avec ce type connu pour son désordre mental, qui s’automutilait, menaçait de se suicider, jetait ses excréments contre les gardiens ? Il était chargé de le surveiller en lieu et place du personnel pénitencier et médical. On enferme les fous dangereux en prison parce que ça coûte moins cher que de les enfermer en hôpital psychiatrique puis on délègue la surveillance aux détenus sains d’esprit, cela coûte encore moins cher, c’est ainsi que cela se passe à la prison de Rouen.

            Jetée seule devant la prison Bonne Nouvelle, la jeune fille crie son indignation devant les caméras. Aujourd’hui, Rouen est une nouvelle fois à la une des médias nationaux et, comme d’habitude, ce n’est pas à son avantage.

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Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /2008 15:56

            Les ennuis judiciaires du genre qu’expérimente aujourd’hui Philippe Pissier, je connais. J’y ai eu droit moi aussi, il y a quelques années. Pour avoir posé, dans une rue du voisinage, une affichette annonçant qu’à photographier je recherchais de jolies jeunes filles.

            Le procureur de la république en promenade dans le quartier s’inquiète. Ne prendrais-je pas en photo des mineures ? Il décolle l’affichette et diligente une enquête.

            Tout se passe comme pour Philippe Pissier, convocation à l’Hôtel de Police, perquisition de mon domicile, saisie d’un certain nombre de documents (photos de jeunes personnes déshabillées, correspondances et autres), énumération sur un procès-verbal de tout ce que l’on trouve chez moi de nature à me faire passer pour un personnage des plus louches. De cela découlent pas mal d’ennuis, notamment professionnels.

            Ce n’est qu’un an et demi plus tard que la juge d’instruction chargée de mon cas prononce un non-lieu, sans que jamais elle ne m’ait convoqué.

            Le monde judiciaire est ainsi fait. On est suspecté à tort. On a tous les ennuis possibles. Cela dure longtemps. On est finalement blanchi.

            Evidemment, personne ne vous dédommage des frais d’avocat, ni pour ce qu’on appelle le préjudice moral.

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Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /2009 07:00

            C’est en lisant le numéro de mars du mensuel littéraire Le Matricule des Anges que j’apprends la réédition des Souvenirs de la cour d’assise qu’écrivit André Gide après avoir été juré à la Cour d’Assises de Rouen en mil neuf cent douze (il avait quarante-deux ans).

            Je me rends à l’Armitière où cela fait bien longtemps que je n’ai pas acheté le moindre livre et me procure le seul exemplaire disponible de l’opuscule publié chez Folio Gallimard dans la collection à deux euros.

            Je le lis sans délai. Ça commence comme ça : De tout temps les tribunaux ont exercé sur moi une fascination irrésistible. En voyage, quatre choses m’attirent dans une ville : le jardin public, le marché, le cimetière et le palais de justice.

            Au Palais de Justice de Rouen, Gide passe plusieurs semaines en mai mil neuf cent douze pour avoir été tiré au sort, habitant Villerville. Il découvre l’envers du décor : les jurés manipulés par le président du jury, les sentences aléatoires, la douleur des petites filles violées obligées de raconter leur calvaire à l’audience debout sur une chaise, le risque d’erreur judiciaire, le peu de chose qui sépare un honnête homme d’un criminel. Il prend des notes chaque jour, plus ou moins détaillées selon les affaires, certaines où il doit juger, d’autres où il n’est qu’assis dans le public.

            La Cour d’Assises de Rouen ne manque pas de travail en mil neuf cent douze. C’est comme maintenant, mais l’échelle des peines est assez différente. La session commence par un attentat à la pudeur sur une enfant dont le coupable avéré est cependant acquitté, puis on enchaîne avec des vols et des cambriolages.

            Un simplet de vingt ans est poursuivi dans une affaire de mœurs. Il a, dit la justice de l’époque, « complètement violé » une fillette de sept ans. La mère de l’enfant raconte que, la trouvant qui pleure dans la rue après l’agression, elle commence par lui donner deux taloches (huit ans de prison pour le simplet).

            Encore un attentat à la pudeur commis sur sa fille par un journalier de Barentin puis c’est le tour du commis principal du bureau principal des postes de Rouen. Il a soustrait une enveloppe contenant treize mille francs dont il a dépensé une partie au bordel voisin (il s’engage à rembourser : acquitté).

            Une jeune fille de dix-sept ans, domestique à Saint-Martin-de-Boscherville, dénoncée par lettre anonyme, est accusée d’infanticide. Le père du bébé assassiné est le fils du patron (elle est acquittée).

            D’autres affaires de viols sur enfants suivent et des vols encore, dont les accusés ne semblent pas forcément les coupables aussi invoque-t-on souvent les circonstances atténuantes. Ce que Gide explique ainsi : Cela veut dire : oui, le crime est très grave, mais nous ne sommes pas bien certains que ce soit celui-ci qui l’ait commis. Pourtant il faut un châtiment : à tout hasard châtions celui-ci, puisque que vous nous l’offrez comme victime ; mais, dans le doute, ne le châtions tout de même pas trop.

            Vient l’affaire Charles, un homme est accusé d’avoir tué de cent dix coups de couteau sa maîtresse qui se refusait à lui. Les jurés le condamnent aux travaux forcés à perpétuité puis regrettant leur sévérité votent à l’unanimité une demande de recours en grâce.

            Une bande du Havre comparaît pour avoir dépouillé un marin de son argent au sortir des Folies-Bergères de l’île Lacroix avec la complicité des filles Gabrielle et Mélanie. Gide ironise sur le sabir du Journal de Rouen qui écrit « la scène de violences dont sont impliqués ces individus », puis il se laisse attendrir par l’un des accusés nommé Cordier qu’il estime avoir été entraîné malgré lui dans cette affaire. Il écrit un mémoire en défense qu’il soumet à l’avocat et fait même le voyage du Havre pour rencontrer la famille du malheureux. Les autres jurés ont un point de vue plus expéditif : « Tout ça, c’est des bandits. Faut en débarrasser la société.». C’est ce qu’on fit dans la mesure du possible, conclut Gide.

            La dernière affaire est encore plus embrouillée et sa narration également. Il s’agit de vols à répétition commis par des employé(e)s de la gare de Sotteville et de recels des marchandises dérobées. Seize accusé(e)s sont dans le prétoire, dont une hideuse pouffiasse au teint  de géranium. Je ne sais plus comment ils et elles s’en sortent.

            Gide, lui, ressort de la Cour d’Assises de Rouen un peu secoué : …à présent, je sais par expérience que c’est une tout autre chose d’écouter rendre la justice, ou d’aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit la parole du Christ : Ne jugez point.

Par michel perdrial - Publié dans : Justice
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