Théâtre

Samedi 24 mars 2007

Le théâtre de la Foudre, pris d’assaut hier, pour la représentation des Précieuses Ridicules, au Petit-Quevilly, dans le cadre du festival des Transeuropéennes, heureusement j’ai eu la bonne idée de réserver, muni de mon code secret je me glisse dans la salle. La compagnie Théâtre en Stock de Cergy-Pontoise a installé au centre de la scène des tréteaux inspirés de ceux du dix-septième siècle, côté jardin un fauteuil et un immense dictionnaire, côté cour des instruments de musique, percussions, guitare électrique et trompes diverses.

Une mise en abîme de la pièce de Molière dans la tradition du théâtre de foire, quelques clins d’œil au monde contemporain, un coup de corne pour permettre à l’un(e) des comédien(ne)s d’expliquer les termes devenus obscurs (sorte de notes en bas de page vocales), des rôles magnifiquement surjoués, tout cela en restant totalement fidèle au texte et à l’esprit de la pièce et de son auteur, c’est une belle réussite, cette fois je n’ai pas perdu ma soirée.

Par michel perdrial
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Jeudi 5 avril 2007

Je consulte le programme de la saison théâtrale des Deux Rives et que vois-je ? j’ai laissé passer l’année sans utiliser correctement mon abonnement pour trois spectacles, plus que deux pièces au programme avant juin et je ne me suis servi de cet abonnement que pour L’Orage d’Alexandre Ostrovki, qui ne m’a vraiment pas plu, une banale histoire d’adultère avec une mise en scène besogneuse emplie de clichés (les Russes forcément une bouteille de vodka à la main et dansant sur les tables), la seule réussite ce soir-là pour cette pièce intitulée L’Orage et jouée au Théâtre de La Foudre, ce fut le véritable orage qui éclata juste avant la représentation et la foudre tombant pas très loin au moment de l’ouverture des portes de la salle.

Plus que deux spectacles, c’est dire si j’ai le choix, heureusement je ne suis pas allé voir L’Illusion comique de Corneille lors de sa création l’an dernier, peu attiré par cet auteur, de mauvais souvenirs scolaires, ses idées sur l’honneur et le sacrifice, et cætera, j’utilise donc sans entrain mon abonnement  pour une entrée.

Et je fais bien, pièce de théâtre dans (et sur) le théâtre, avec une mise en abîme adroitement  menée par Alain Bézu (il s’en va, c’est une sorte de testament théâtral pour lui) et une distribution talentueuse, cette Illusion comique est plutöt réjouissante.

Pierre Corneille a bien fait d’écrire jeune, avant que les choses ne se gâtent pour lui.

Par michel perdrial
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Jeudi 12 avril 2007

Au théâtre ce soir, pour une pièce de Terence Rattigan, auteur britannique dépoussiéré par Didier Bezace (Molière de la meilleure mise en scène en deux mille cinq pour ce spectacle), c’est au Théâtre de la Foudre, cela s’appelle La Version de Browning. Un professeur vieillissant, prié d’aller enseigner ailleurs, Andrew Crocker-Harris, dit le Croco, donne un dernier cours de rattrapage à l’un de ses élèves tandis que sa femme batifole avec « un collègue ». Cela se passe dans une Public School, il y a cinquante ans. Le Croco est joué par Alain Libolt qui, pour ce rôle, a obtenu le Prix du Syndicat de la Critique et le Prix du Souffleur.

Comment faire pour rester soi-même face à ces petits crétins ? demande le « collègue ».

Des petits crétins, il y en a une quantité dans la salle, amenés là par des professeurs vieillissants. Que deviendraient les salles de théâtre sans ce public captif ? c’est la question que je me pose en quittant les lieux au milieu de tous ces branlotins et branlotines, plus soucieux semble-t-il de consulter leur téléphone que de discuter de la pièce avec leurs semblables.

Par michel perdrial
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Jeudi 24 mai 2007

            Pas le choix, pour solder un abonnement pris un peu légèrement en début de saison, avant même d’avoir vu le programme, obligé d’aller voir et entendre Cinéma, pièce de Joseph Danan, auteur contemporain dont j’ignore tout, au Théâtre des Deux-Rives

            Pas plus de cinquante spectateurs dans la salle, ce n’est pas bon signe, et effectivement, il ne me faut pas longtemps pour être dépité. Les dialogues sont indigents, le décor et la mise en scène sans originalité, le public sans réactions.

            De quoi s’agit-il ? Un homme vieillissant (joué par Philippe Lebas), marié évidemment à une très jolie jeune femme (bien interprétée par Isabelle Wéry), et son alter ego (joué par Olivier Saladin, vedette nationale) s’interrogent sur le temps qui passe. L’un comme l’autre n’ont pas le moindre attrait physique mais toutes les jolies filles se précipitent sur eux dès qu’elles les aperçoivent pour les embrasser avidement sur la bouche. Joseph Danan (qui pourrait être l’un d’eux) a des phantasmes convenus et il croit bon de faire don de son cinéma au public contre le prix d’un billet d’entrée au théâtre.

            La pièce dure trois heures trente. La seconde époque doit se dérouler sur un bateau. Avant même que le navire ne prenne la mer, la moitié des spectateurs le quittent, profitant de l’entracte pour fuir.

            Je choisis de rester, en compagnie des vingt-cinq survivants du naufrage.

            Et c’est parti pour deux heures de navigation errante, une jeune fille (bien interprétée par Laure Wolf) qui voyage avec le fantôme de sa mère se jette, quelle surprise !, sur le quinquagénaire déprimé. Le navire dépose celui-ci sur une île. Là aussi il y a une jolie fille qui ne pense qu’à sauter sur cet homme fatigué et disgracieux. C’est comme dans la vie rêvée de Joseph Danan, quoi.

            Des applaudissements polis saluent la fin de l’épreuve.

            Le temps passe, oui, et je viens de gaspiller trois heures de ma vraie vie pour un très mauvais Cinéma.

Par michel perdrial
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Samedi 22 septembre 2007

            Soirée d’ouverture pour le Théâtre des Deux Rives, un directeur et une directrice sur la scène, Alain Bézu qui passe la main à Elizabeth Macocco, j’ai entre les mains la brochure présentant le programme de l’année à venir, premier changement, cette brochure est devenue luxueuse, deuxième changement, ce programme ne propose que des productions extérieures et fait appel à davantage de grands noms, comme on dit : Peter Brook, Olivier Py, Marcel Bozonnet et cætera.

            A sa lecture ne suis pas très tenté, après présentation de chaque spectacle par le duo, suis un peu trop tenté. Je me méfie, par le passé je me suis déjà laissé charmer pour être ensuite bien déçu. Cette année, prudence, avant de m’abonner, grâce à Internet, je vais me renseigner précisément sur chaque pièce et sur sa mise en scène.

            En cadeau, Catherine Dewitt nous offre un récital Barbara. Toujours risqué pour moi d’entendre une chanson de Barbara, trop de souvenirs gais et douloureux s’y rattachent, je me revois avec celle qui me chantait en voiture dans son Auvergne natale  Dis, quand reviendras-tu, / Dis, au moins le sais-tu, / Que tout le temps qui passe, /Ne se rattrape guère, /Que tout le temps perdu, /Ne se rattrape plus et je pense à celle que la géographie éloigne de moi aujourd’hui. Les larmes ne sont pas loin.

            Un verre de vin rouge et quelques accras pris au bar me sont bienvenus avant d’affronter l’extérieur.

            Et ce soir l’extérieur m’est bien extérieur. Devant le bar O’Kallaghan’s, une foule de fanatiques hurle à la victoire, c’est toujours la coupe du monde de rugby qui trouble les esprits faibles. Des enivrés se répandent dans les rues avoisinantes, d’autres hurlent dans leurs voitures trompettantes. Rue Saint Nicolas, une paire d'excités renverse les poubelles. De quoi avoir envie de rentrer au plus vite chez soi.

Par michel perdrial
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Samedi 13 octobre 2007

            En route pour le Rive Gauche de Saint-Etienne-du-Rouvray pour y découvrir Heiner Goebbels et son Max Black, premier spectacle qui me tente dans la nouvelle édition d’Automne en Normandie. Le public n’est pas autorisé à entrer dans la salle avant la dernière minute, cela grouille de branlotins et de branlotines des classes théâtre, surtout des filles, impossible pour elles de ne pas se déplacer en grappe, même aux toilettes elles entrent à quinze.

            Enfin, les portes s’ouvrent. Je trouve ma place et chacun(e) en fait autant pendant que Max Black, joué par André Wilms, déambule en se livrant à des calculs obscurs sur la meilleure façon d’asseoir tout ce monde dans la salle.

            Max Black a réellement existé, me dit le programme, philosophe et mathématicien, il est mort et ne peut donc se plaindre du personnage de savant dérangé qu’a fait de lui Heiner Goebbels. Ce même programme m’allèche avec trois citations de Ludwig Wittgenstein, Georg Christoph Lichtenberg et Paul Valéry, suit la déception.

            C’est du théâtre musical, le comédien fait le savant fou. Muni d’un micro, il déraisonne, ses délires sont repris grâce à un sampleur, le bruit du moindre objet est amplifié, des feux d’artifices se déclenchent régulièrement. Techniquement, c’est irréprochable.

            Au bout d’une heure quinze, Max Brod, joué par André Wilms, après avoir déclaré qu’il ne faut pas s’asseoir à côté de sa chaise, s’assoit à côté de sa chaise et disparaît sous la table, le noir se fait, c’est fini.

            Je n’aime pas ce théâtre sans fond, où tout n’est que forme, dont on ressort avec rien dans la tête, mais comme tout le monde, j’applaudis bien fort la prouesse technique et je rentre chez moi en me disant qu’encore une fois, j’ai choisi la mauvaise pièce (pour moi du moins).

Par michel perdrial
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Dimanche 14 octobre 2007

            Je suis, avec elle, à neuf heures moins cinq, rue du Bec, ce samedi soir. Déjà sont là quelques personnes qui savent ce qui va avoir lieu. Il en est aussi qui passent par hasard et demandent : C’est quoi ce truc ? Il y a encore les amoindris du cerveau qui déboulent en meute en hurlant : Allez les Bœufs, allez les Bœufs ! Ces derniers vont vers l’Hôtel de Ville où Albert (tiny), maire de Rouen, a installé son écran de télé grandes dimensions, ils sentent le tricolore et la bière, heureusement ils ne font que passer et ne dérangent pas La Marea.

            C’est le festival Automne en Normandie qui occupe l’espace public avec ce spectacle gratuit d’origine argentine, joué pour la première fois en France, à Rouen, après Buenos Aires, Bruxelles, Berlin, Riga et Dublin. Du théâtre de rue donc, avec en parallèle neuf sketches présentant des scènes de la vie quotidienne (rendez-vous raté, couple à la dérive, femme abandonnée, accident de la route, fête dont l’un se sent exclu, jeune fille ne trouvant pas le sommeil, et cætera). Ces scénettes se tiennent dans les magasins (Printemps, Habitat, boutique vidéo), sur un balcon ou sur le macadam. Des surtitrages racontent chaque histoire en donnant accès aux pensées secrètes et aux fantasmes des personnages qui sont interprétés par des élèves du Conservatoire de Rouen et leur professeur. Toutes les dix minutes, les neuf scènes sont rejouées, cela pendant quatre-vingts minutes. On ne peut donc en suivre que huit sur neuf et c’est bon de rester sur sa faim.

            -C’est vraiment réaliste, me dit-elle, et je trouve ça rassurant.

            -Rassurant ?

            -Oui, c’est rassurant de voir qu’on n’est pas la seule à avoir ce genre de pensées et à vivre ce genre de situations.

            Je lui dis que je trouve ça, quant à moi et pour les mêmes raisons, tout à fait désespérant.

            Autant dire que je passe une bonne soirée et celle qui m’accompagne aussi.

            Il y a deux ans, elle était avec moi à Sotteville-lès-Rouen lors du festival de théâtre de rue Vivacité pour une déambulation semblable dans les rues d’un quartier, cela s’appelait Le safari de la vie intime, c’était le même principe, sauf que les comédiens de la troupe Opéra Pagaï se parlaient  et que le quartier était fermé à la circulation. Ici, n’importe quel pleupleu passe et ça donne de bons moments. Ah, les encapuchonnés de banlieue devant la vitrine du Printemps où la demoiselle en nuisette se tourne et se retourne dans son lit !

Par michel perdrial
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Jeudi 18 octobre 2007

            C’est une étrange expérience que celle de passer en quelques heures du bureau d’un juge des Libertés et de la Détention, où une malheureuse jeune femme chinoise bien réelle se fait ceinturer et menotter par trois policiers qui mettent à néant son rêve de vivre à Paris, à la salle du Théâtre du Grand Forum où se joue l’histoire de trois sœurs de fiction qui ne rêvent que d’aller à Moscou, engluées qu’elles sont dans leur déprimante province.

            Je suis à Louviers, pas vraiment remis de l’épisode précédent, bien installé dans un fauteuil de cinquième rang devant lequel passent les arrivant(e)s sur une sorte de promenoir avant de s’asseoir à leur tour. Je constate qu’ici, ville natale, les filles sont aussi jolies que lorsque j’étais élève au lycée. De pleines classes théâtre se succèdent et dans cette filière, c’est neuf filles pour un garçon. Dire que j’étudiais les mathématiques, où c’était neuf garçons pour une fille.

            Le noir se fait. Le rideau s’ouvre sur la Russie du dix-neuvième siècle pour Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov, un spectacle du festival Automne en Normandie. La mise en scène est de Patrick Pineau et assez vite elle me déçoit, trop classique, trop réaliste, et le décor de Sylvie Orcier, trop canapé, trop candélabre. Ne suis pas non plus séduit par le jeu de deux des actrices faisant les trois sœurs, ni par certains des acteurs de rôles secondaires trop pittoresques et encombrants. Bon, il y a heureusement le texte de Tchekhov.

            J’applaudis à la fin comme à un bon spectacle de théâtre amateur.

            Sur le programme figure cet extrait d’une lettre de Tchekhov : Je voudrais seulement dire en toute honnêteté aux gens : regarder, regardez donc combien vous vivez mal, comme votre existence est ennuyeuse ! L’important est qu’ils comprennent cela. S’ils le comprennent, ils inventeront sûrement une vie différente et meilleure. L’homme deviendra meilleur quand nous lui aurons montré comment il est. Oh, Anton ! Je ne te croyais pas si naïf.

Par michel perdrial
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Mercredi 21 novembre 2007

            Dario Fo (prix Nobel de Littérature en mil neuf cent quatre-vingt-dix-sept) et Franca Rame au programme du Théâtre de la Foudre, avec deux courtes pièces cousines La maman bohème et Médée, un spectacle du festival Automne en Normandie, mardi soir, salle comble évidemment, avec pas mal de lycéen(ne)s dont certain(e)s venu(e)s de Dieppe, à ma droite s’installe un jeune homme venu seul.

            -Je crois que je vous ai déjà vu quelque part, me dit-il. Vous n’êtes pas prof au lycée Jeanne-d’Arc ?

            -Ah non, j’ai été enseignant mais en maternelle. On s’est peut-être croisé dans une salle de spectacle. Je suis abonné à l’Opéra, par exemple.

            -Non, me dit-il, c’est peut-être dans une manifestation.

            -C’est possible aussi. Ce matin par exemple.

            -Non, pas ce matin.

            -Alors l’autre semaine, dans la manif de droite.

            -Ah oui, c’est ça. C’était bien.

            Il se plonge dans le programme. J’écoute ce qui se dit derrière. Un homme et une femme discutent de littérature. Il lui parle des poèmes de Maupassant puis elle lui demande :

            -Tu connais Nicole Estienne, une nana du seizième ?

            -Non, qu’est-ce qu’elle fait dans le seizième ?

            -Mais non, je te parle du seizième siècle ! C’était la fille de l’imprimeur Estienne. Elle a écrit des choses très intéressantes.

            Une voix enregistrée s’adresse au public. C’est Didier Bezace, le metteur en scène qui situe dans le temps la double pièce de Dario Fo et Franca Rame. Cela se passe au siècle précèdent dans ces années où l’on voulait l’imagination au pouvoir.

            Déboule alors du fond de la salle Ariane Ascaride tirant son Caddie à fleurs. C’est elle la maman bohème. Elle est vêtue comme une lycéenne de Jeanne-d’Arc, version sexy, et est poursuivie par les carabiniers. Le rideau s’ouvre lui offrant la possibilité de se réfugier dans une église. Un curé est là, endormi dans son confessionnal. S’ensuit une confession monologuée de la dame, ancienne communiste pratiquante, passée à l’extrême-gauche puis chez les hippies afin de ne pas perdre de vue son fils. C’est bouffon et subversif, non sans rapport avec l’actualité.

            Cette insoumise, à la fin de la pièce, se voit ramener dans le droit chemin, celui qui mène à la cuisine et aux travaux domestiques, et cela par son fils devenu costume cravate (c’est lui qui la fait poursuivre par les carabiniers) avec la complicité du curé et par le moyen d’une porte communicante et du décor tournant.

            Quatre minutes d’entracte, le temps qu’Ariane Ascaride change de tenue, et on la retrouve dans sa cuisine, Médée moderne, en ménagère prisonnière de son Jason qui la délaisse pour une bien plus jeune qu’elle : « Si encore il m’avait laissé tomber pour une de quatre-vingt-cinq ans, je comprendrais, on peut avoir eu une enfance difficile et avoir besoin d’une grand-mère.» En attendant le retour de Jason, elle lui prépare un frichti de sorcière, tout en apprenant par cœur la Médée d’Euripide, maudissant la gent masculine dans son ensemble. Je ne raconte pas tout, il faut voir et entendre.

            C’est tout à fait réjouissant et Ariane Ascaride se paie un gros succès, ravie d’être acclamée par tant de jeunes filles qui ne s’en laisseront pas compter, c’est sûr.

            Un homme en sortant dit à sa femme :

            -Bon, si je comprends bien, il faut que je fasse la vaisselle demain.

            De retour à la maison, je me renseigne sur cette Nicole Estienne, femme du seizième, et apprend qu’elle a écrit Misères de la femme mariée, un ouvrage réédité pour la dernière fois en mil huit cent cinquante-cinq dont le titre aurait parfaitement convenu aux deux pièces ravageuses de Dario Fo et de sa femme Franca Rame, laquelle, en mil neuf cent soixante-treize, fut kidnappée, torturée et violée par un groupe de néo-fascistes, pour prix de son insubordination.

Par michel perdrial
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Vendredi 30 novembre 2007

            En route jeudi soir pour le Centre Culturel Marc Sangnier, sis à Mont-Saint-Aignan, afin d’assister à la représentation du Baiser de la femme-araignée, d’après le roman de Manuel Puig. Je suis en voiture, bien obligé, si la pièce dure un peu pas moyen de redescendre à Rouen par le transport en commun (A quand des bus et un métro circulant jusqu’à minuit ?) et donc bientôt pris dans l’embouteillage généré par des travaux près de la gare. Je fulmine mais reste calme, me demandant seulement si ça vaut le coup cette pièce de théâtre.

            J’ai pris un billet car il me fallait un dernier spectacle pour boucler mon abonnement à Automne en Normandie. J’ai lu Le baiser de la femme-araignée de Manuel Puig dans la collection Points des Editions du Seuil vers mil neuf cent quatre-vingt. J’en garde un bon souvenir mais en ai tout oublié, je sais juste qu’il y a deux types dans une cellule de prison en Argentine.

            Parti en avance, je ne peux être en retard et j’attends donc que les portes s’ouvrent, ce qui ne se fait que quelques minutes avant l’heure de début du spectacle, pour la raison que certains acteurs sont déjà en scène. Il y a bien deux types dans une cellule de prison et, côté jardin, un guitariste qui gratouille son instrument. Durée deux heures sans entracte, je choisis une place où je peux étendre mes jambes. Devant moi, deux lycéennes souhaitent réserver cinq places pour leurs semblables. Ce n’est pas du goût d’un quadragénaire qui force le passage.

            -Mais c’est réservé, dit l’une des demoiselles.

            -Comment ça réservé ? Par qui ? Il n’y a pas de réservation ici.

            Les deux filles sont bien désappointées mais ne protestent pas davantage et le noir se fait.

            Je me souviens maintenant, il y a Valentin, le prisonnier politique et Molina, bouclé pour détournement de mineur. Le second raconte des films au premier pour occuper le temps, dont une série bé à l’eau de rose narrant une histoire d’amour et de trahison entre une chanteuse française et un officier nazi. Cette histoire est jouée en arrière-plan par un troisième acteur et une actrice. L’officier nazi se transforme parfois en directeur de la prison. Il incite Molina à trahir Valentin en soutirant à ce dernier des renseignements permettant de faire tomber tout son réseau. Je ne dis pas tout, juste que ces récits partagés changent peu à peu les deux prisonniers et les transforment en héros de cinéma.

            Les quatre acteurs : Bruno Bayeux, Vincent Fouquet, Emmanuel Noblet et Sarah Bensoussan sont parfaits. La mise en scène est adroite, elle est due à Yann Dacosta, ancien élève du Conservatoire de Rouen, devenu, entre autres activités, assistant à la mise en scène des films d’Alfredo Arias. Le recours à la vidéo est particulièrement efficace. S’ajoute à cela la présence envoûtante de celui qui signe la musique : Pablo Elcoq, un talentueux musicien chanteur à la voix étonnante que j’espère réentendre un jour.

            J’ai bien fait de choisir Le baiser de la femme-araignée par la Compagnie du Chat Foin, comme dernier spectacle de mon abonnement à Automne en Normandie.

Par michel perdrial
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